HISTOIRE  du  CHÂTEAU  GACILIEN

 

  Château de Montauban    (Modifié)

 

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES DE L'HISTOIRE DU CHÂTEAU

 

LA MOTTE GACILIENNE.

LE DONJON GACILIEN

TRANSFORMATION DU DONJON EN CHÂTEAU FORT.

DAMES ET SEIGNEURS DE LA GACILLY.    

LA CHÂTELLENIE

DÉVELOPPEMENT DE LA GACILLY. 19

VIE SEIGNEURIALE

ORGANISATION FINANCIÈRE. 30

ORGANISATION ADMINISTRATIVE. 36  

VIE ROTURIERE.  

BLASONS GACILIENS. 46

HISTORIQUE DES ARMOIRIES. 46

NOTIONS D’HÉRALDIQUE. 47

ORIGINE DU BLASON DE LA GACILY 50

GUERRE DE LA LIGUE. 56

LA « VILLE » DE LA GACILLY. 59

LE MANOIR GACILIEN 63  

VIE POPULAIRE. 65

DISPARITION DES RUINES DU CHÂTEAU. 69

 

 

 LA MOTTE GACILIENNE

 

Dans son petit opuscule sur le château de La Gacilly, Emmanuel Etrillard écrit : « des forts avaient été élevés dans l’Armorique par les Romains, ses vainqueurs. César lui-même n’avait pas quitté le pays des Vénètes sans y assurer sa conquête par des postes militaires. Des forts avaient été construits aux points les plus importants sur les hauteurs dominant les cours d’eau qui pouvaient servir de voie de communication. Ce fut d’ailleurs cette position stratégique qui fut choisie pour l’établissement des colonies militaires et des forteresses que Rome établit sur toutes les frontières de l’empire pour résister aux flots des barbares qui les menaçaient. Du haut de ces forteresses, une poignée de soldats bien armés pouvait surveiller et tenir l’ennemi en échec. Le château de La Gacilly fut l’un de ces postes ». Il continue en disant que « des vestiges de l’occupation romaine ont été découverts à Trégaret en Sixt-sur-Aff sur la rive gauche de l’Aff. Il se trouvait sans doute sur cette rive opposée un poste militaire avec lequel le fort de La Gacilly communiquait au moyen d’un pont dont on voit encore les ruines par eaux basses à deux cents mètres du château dans le pré de l’Écluse. Rien ne paraît donc plus probable que l’origine romaine de ce petit fort. Sa situation, à la bifurcation de plusieurs vallées, était du reste des mieux choisies ». Tout porte à croire qu’une construction romaine de défense ou au moins d’observation avait été construite dès les premiers siècles. Emmanuel Etrillard écrit également que « déjà le rôle important de cet édifice militaire était passé au VIII° siècle et qu’il remonte à la conquête de la Gaule ». Ducrest de Villeneuve est d’ailleurs du même avis lorsqu’il écrit que « à la place de la cabane du chef gaulois, les habitants avaient en effet bâti une sorte de forteresse pour la défense du pays ». L’oppidum gaulois de la Bergerie fut sans doute délaissé, peut-être même détruit par les Romains qui construisirent à sa place la motte qui deviendra plus tard un donjon puis le château.

Dans l’inventaire des objets trouvés dans les ruines du château effectué par Emmanuel Etrillard, il est fait état d’une pièce qui paraît être de l’époque romaine à cause de la syllabe TUS qui termine le nom dont on ne peut lire le reste. Il est fait état également d’une agrafe portant l’emplacement d’un médaillon. Cette agrafe en cuivre rouge avait dû appartenir à un centurion romain. Ces deux objets, s’ils ne sont pas des preuves irréfutables, sont au moins des indices de la présence romaine à La Gacilly. D’autre part, l’abbé Chérel rapporte qu’une pièce en bronze de Constance I° Chlore dit le Pâle, empereur romain, père de Constantin, a été trouvée à La Gacilly ; l’abbé a dû avoir cette pièce entre les mains car il l’a décrit d’une façon très détaillée : « Elle porte à l’avers une tête dont la face rasée s’encadre de favoris calamistrés (frisés). Une couronne de chêne et de laurier se terminant à l’arrière par une banderole retombant sur l’épaule entoure les cheveux. Autour de la tête l’inscription : « Divo Constantio Pio ». Le revers porte comme motif central un autel sur lequel brûle un feu qu’encadrent deux pélicans, les ailes demi-déployées. Autour, l’inscription : « Memoria felix » et, en dessous, les trois lettres P.L.M. qui marquent un atelier monétaire inconnu. »

De tout ce qui précède sur l’implantation d’une petite forteresse à La Gacilly, peut-on conclure qu’elle était bien construite à l’emplacement du futur château ? Difficile de se prononcer. Il est peut-être intéressant de rappeler ici qu’E. Etrillard rapporte, toujours dans son inventaire des objets trouvés lors de la fouille des ruines du château, que des blocs énormes, atteignant le volume d’un mètre cube, de ciment et de pierres artificielles composées de sables puissamment agrégés, ont été mis à jour. D’après l’abbé Chérel, ces blocs furent démantelés puisque des morceaux servirent à la construction « d’un mur de la propriété de Robert, attenant à l’Ouest les terres au-dessus de la partie dite Jeu de Boules ». Avec ces blocs de ciment et de pierres, fut trouvée aussi une petite auge en granit gris. Or ces mêmes objets ont été découverts dans les fouilles des petits donjons carrés du Finistère de Leskelen en Plabennec et de Luzuen près de Pont-Aven. Mais ces mêmes fouilles ont permis de déterminer qu’avant le donjon carré, il avait existé au même endroit une motte castrale dont on a pu retrouver les grandes lignes. Cette motte était construite sur une éminence naturelle ou, le plus souvent, artificielle, faite de terre rapportée, en forme de cône et circonscrite d’un fossé. Le tertre, d’une hauteur moyenne de 5 à 7 mètres et d’un diamètre de 30, dégageant une plate-forme sommitale ronde, se trouve surmonté d’une tour de bois fortifiée, comme on en voit sur la tapisserie de Bayeux ; à son pied s’étendent une ou plusieurs enceintes de dimensions plus vastes, cernées d’un modeste talus de terre, qu’on appelle baile ou basse-cour contenant les dépendances comme les étables, les granges ou les ateliers. Forcément cette demeure offrait un confort modeste mais, par contre, ne demandait qu’une main-d’œuvre réduite et peu qualifiée pour la construire.

Motte avec Tour en Bois

Etant donné que les fouilles de Leskelen et de La Gacilly ont permis de découvrir les mêmes vestiges, il est permis de penser, qu’à La Gacilly, sur la Butte du Château, il y ait eu une motte surmontée d’un ouvrage en bois ou d’une tour en pierres, d’autant plus que la position stratégique de La Gacilly ne pouvait être délaissée. D’ailleurs, lorsque Conan Mériadec chassa les Romains des différents postes qu’ils occupaient dans l’Armorique vers 380, il s’empara du «château » de La Gacilly qui, avec la petite bourgade de ce nom, devint un fief de la maison de Bretagne. L’abbé Chérel avance qu’il s’agissait plutôt d’une villa romaine ou gallo-romaine.

LE DONJON GACILIEN .

Plan Supposé du Donjon

Après le retranchement romain, après la motte castrale et sa tour de bois et/ou de pierre, les donjons carrés font leur apparition en Armorique. Dans son livre sur les donjons, C. Amiot écrit : « La construction d’édifice religieux fut impossible à réaliser par des populations locales jusqu’à la fin du XI° siècle sans faire appel à un savoir étranger, les moines par exemple. Le problème devait donc être le même pour l’édification des premiers donjons qui ne diffèrent pas fondamentalement par leur taille des petits édifices religieux. Il est probable que les premières fortifications de pierre aient été, selon le schéma classique, de plan approximativement carré dans un souci de facilité de construction » En 1140, le domaine de La Gacilly appartient à Raoul de Gaël. Celui-ci décide la construction d’un donjon à La Gacilly. Malheureusement il décède en 1142 et c’est son fils Olivier de Montfort qui, en héritant du domaine, assure la construction de ce donjon vers 1150. En 1160, il est certain que la tour fortifiée de La Gacilly est terminée ; la première mention de cette construction date de cette année-là. Comme toutes les demeures de la féodalité, l’imposante bâtisse n’est pas à vrai dire un lieu de plaisance mais plutôt une « maîtresse tour », c’est à dire un énorme bloc de pierres auquel vint s’ajouter peu à peu une maison seigneuriale.

 

Les fondations furent posées sur des schistes argileux et ferrugineux. Elles consistaient en murs de plus de trois mètres d’épaisseur avec des parements unis et des arêtes droites et régulières en moellons de schiste bleu. Ensuite, à l’extérieur, une butte artificielle de terre rapportée vint cacher ces fondations sur une hauteur de cinq à six mètres et une circonférence de 55 à 60 mètres. A l’intérieur, la même terre fut employée pour consolider les fondations ; seul un escalier en pierres avait été aménagé ; il conduisait à une porte souterraine donnant dans les douves. Jusqu’à une hauteur de sept mètres, ces fondations n’avaient pas de fenêtre sauf une étroite et haute meurtrière du côté du midi. Ces assises avaient une forme carrée de vingt mètres de côté environ. Lors de la démolition de ces fondations, il a été découvert également un pan de mur circulaire à l’angle oriental du quadrilatère ce qui prouve l’existence d’une tour à cet endroit. Il est tentant de penser que chaque angle devait en posséder une. E. Etrillard croit la même chose lorsqu’il écrit que « ces tours s’avançant à l’extérieur ont dû être les premières détruites et enlevées »

Le donjon, construit sur ces assises, devait avoir une hauteur d’une vingtaine de mètres au-dessus de la butte artificielle et ainsi le sommet des murs dominaient l’Aff d’une quarantaine de mètres. Il devait avoir quatre étages, deux murs perpendiculaires d’un mètre d’épaisseur partageant chaque étage. Au milieu du donjon se trouvait un puits dont les restes étaient encore visibles en 1945 dans la cour de l’école publique.

Christophe Amiot écrit que « le donjon de La Gacilly semble le plus âgé de ce genre de construction dans la région et le plus important de Bretagne dont on ait conservé la trace ». Le Chanoine Le Méné, quant à lui, ne signale pas, sur son plan au 1/500° du donjon gacilien, la présence d’une tour circulaire mais indique seulement l’existence de trois contreforts sur chaque face, contreforts situés dans le prolongement des murs mais qui n’englobent pas les angles.

La description des fondations faite par E. Etrillard avec un pan de mur circulaire et le plan du donjon réalisé par Le Méné peuvent très bien être compatibles. En effet, il faut savoir que ce genre de construction carrée existait et elle pouvait être flanquée d’une telle tourelle cylindrique ; certains donjons du Poitou et de Vendée sont là pour le prouver. De plus, ce genre de construction marque une évolution vers le donjon à plusieurs tours circulaires, quatre en général, comme celui de Montfort. Mais alors, autre conséquence, la construction du donjon de La Gacilly serait antérieure à celui de Montfort. Possible, d’autant plus que, ce dernier étant plus récent, ce serait une des raisons pour laquelle la famille de Montfort en fit sa demeure principale. En effet, Guillaume I° de Montfort, frère d’Olivier, avait hérité du domaine de Montfort à la mort de leur père Raoul de Gaël. C’est ce Guillaume I° qui fit élever le donjon de Montfort. Celui-ci a pratiquement les mêmes dimensions que celui de La Gacilly : murs de trois mètres d’épaisseur, hauteur de vingt mètres. Par contre, les contreforts furent remplacés par des tours d’angle. C’est lui qui bâtira également un peu plus tard le donjon de Châteauneuf en Ille-et-Vilaine  Pour cette époque, ces trois constructions seront les plus importantes de tout le royaume avec quelques donjons normands dont Chambois dans l’Orne, près de Trun. Le donjon de Châteauneuf était rectangulaire à quatre niveaux, couvert d’une terrasse crénelée et flanqué à chaque angle de deux contreforts à ressauts. Leurs emplacements sont identiques à ceux du donjon de La Gacilly : ils prolongent chaque mur sans englober l’angle.

Enfin, il faut faire remarquer que Geoffroy de Montfort, fils de Guillaume I°, fut aussi le bâtisseur du château de Chambois dans la seconde moitié du XII° siècle. Tout au long des XI° et XII° siècles, cette famille de Montfort entretint des relations étroites avec les souverains anglais et surtout participa aux premières croisades. Sans doute, de tous ces voyages, ces seigneurs de Montfort rapportèrent-ils des idées nouvelles et - la façon de se défendre ayant changé - furent-ils les premiers à construire ces quatre donjons les plus puissants de tout l’Ouest pendant plusieurs années. D’autres donjons ressemblent à celui de La Gacilly en particulier ceux de la Roche-Posay dans la Vienne, de Tonnay-Boutonne en Charente-Maritime et Pressigny en Indre et Loire .

 

TRANSFORMATION DU DONJON EN CHÂTEAU FORT.

Au tout début du XII° siècle, lorsque la famille de Montauban prit possession du domaine de La Gacilly, elle renforça les défenses du donjon. Pour ce faire, elle commença tout d’abord par agrandir la butte de terre qui supportait le donjon. De circulaire, cette butte prit une forme ovalisée : 50m de long et 35m de large. Le donjon fut alors situé sur la partie Est de cette plate-forme. Autour de celle-ci fut construite une enceinte dont le pied baignait dans les douves. Il s’agissait en fait d’un fossé profond de douze mètres et large de six alimenté en eau par le ruisseau des Brelles au moyen d’un petit canal venant de l’étang de la Bouère et situé au sud-ouest de l’édifice. Des vestiges d’un canal ont été mis à jour il y a quelques dizaines d’années, lors de travaux dans la rue A. Monteil, à la hauteur de la maison Clésio et de la maison Jouvance devenue le presbytère actuel. Il semble pourtant que ce canal partait de la gauche du pont-levis lorsqu’on y arrivait par le chemin du château, passait à l’extrémité Ouest du magasin Homet et se dirigeait à travers le jardin Coyac entre les maisons Templé et Collet, coupait la partie inférieure de la place actuelle, marécageuse encore en 1860.

Entre ce canal, l’étang, le ruisseau de Mabio et l’Aff, s’étendait le domaine propre du château ; l’accès de ce domaine se faisait par le chemin de Carentoir qui passait entre le ruisseau et le château. Le jardin du château se trouvait entre le canal et les maisons construites au bout des anciennes halles et le chemin du Vaugleu. Une poterne et un pont en bois pour franchir le fossé permettait l’accès du grand château à la basse-cour qui deviendra ensuite le petit château.

Le fossé lui-même était défendu par une terrasse circulaire en guise de contre-escarpe fort épaisse, parementée de murs et garnie au dehors d’un parapet à meurtrières, lequel était beaucoup plus fort et plus élevé des deux côtés du portail principal d’entrée ; celle-ci, située au Sud, se faisait entre deux grosses tours-bastions rondes qui encadraient un pont-levis, celui-ci devait se trouver dans le jardin de l’instituteur un peu au-delà et à l’Ouest du puits actuel. Trois autres grosses tours, comme celles de l’entrée principale, situées à une distance égale et régulière les unes des autres, complétaient les défenses extérieures.

Le château fut construit, autour du donjon, dans le style de l’architecture militaire du moyen-âge, dont le principal moyen de force et de résistance consistait dans une position escarpée et fort élevée, ayant pour base soit un rocher, soit une levée de terre, contre lesquels devenaient impuissants la plupart des instruments d’attaque en usage dans l’antiquité. La grande butte était ronde et garnie d’un parement de pierres, ce qui lui donnait l’aspect d’une grosse tour terminée à son sommet par une plate-forme sur laquelle s’élevait le château supérieur, espèce d’édifice carré divisé en un grand nombre de compartiments et entouré d’une pente douce et unie munie de parapets et défendue par cinq tourelles terminées en forme de toit pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie.

Le château de La Gacilly était divisé, comme tous ceux de cette époque, en haut ou grand château, et en bas ou petit château. Le renforcement de la défense fut complété par la construction d’une grosse tour circulaire, comme celles de l’entrée, sur ce qui est appelé la petite butte, au Sud-ouest de la grande et en forme de demi-lune Cette tour épaisse prit le nom de Petit Château. Elle renfermait un escalier de défense spacieux, et d’une pente assez douce pour qu’on pût au besoin y faire monter un cheval. Cet escalier était disposé de telle manière qu’au moyen de barrages mobiles et de meurtrières pratiquées dans les marches ou degrés, on pouvait à tout instant arrêter les agresseurs, et les écraser de haut en bas. Cet escalier communiquait avec le château supérieur au moyen d’un pont-levis ou à coulisse de quelques mètres. Outre la tour, cette petite butte comportait également une maison d’habitation, une remise et des écuries. D’après certains auteurs, une autre tour, semblable à celle de la Petite Butte, se trouvait au Nord et, entre les deux, il y avait une maison dont les restes furent découverts lors du déblaiement. Cette maison possédait une cheminée (le foyer avait encore des cendres) et elle était adossée au mur d’enceinte exposée au Sud-Est. Entre les deux buttes, outre cette maison, il y avait une basse-cour et un jardin, le tout contenant environ un journal.

L’ensemble terminé prit alors l’allure d’un château fort dominé par le vieux donjon. A l’intérieur, en plus de la résidence seigneuriale et de la maison de la basse-cour, il y eut par la suite, d’autres logis d’habitation sommaires pour les compagnons, les serviteurs des maîtres ainsi que pour les artisans attachés au château et des abris pour les « retrahauts » du domaine pour leur bétail et pour leurs biens, c’est à dire pour les habitants du fief qui, en cas de danger, viennent se réfugier avec ce qu’ils possèdent à l’abri de la « ferté », la forteresse. Du haut du donjon, le veilleur ou « gaîte » (de là le verbe guetter) scrute l’horizon et avertit de l’approche de l’ennemi ou signale l’arrivée des visiteurs devant lesquels va s’abaisser le pont-levis. Pour tuer le temps, il joue parfois de la flûte ou chante des chansons de « gaîte ». De son cornet sonore, il signale aux hôtes du château les principaux moments de la journée. Des mendiants se tiennent assez souvent dans la cour où ils attendent la « donnée ». Ils restent sur les degrés inférieurs du grand escalier par lequel on accède à la résidence du seigneur, escalier qui a joué un grand rôle dans la vie féodale ; les hôtes en occupent volontiers les marches de pierre pour y prendre l’air et pour bavarder et assister aux jeux. Car c’est au pied de cet escalier de la cour que se livrent les combats singuliers, les joutes et que se déroulent les « quintaines ». (voir à ce mot au XVII° siècle).

Le domaine du château s’étendait au Nord et à l’Ouest de l’enceinte et comportait un jardin et une vigne situés entre le canal alimentant les douves, l’étang de la Bouère et le ruisseau des Brelles qui passait alors au pied du château. Toute la pente de la colline, à l’Est, était distribuée en divers jardins disposés en amphithéâtre et ornés d’un pavillon à chacun de leurs angles. Il y avait aussi vers le Sud-Ouest des bâtiments extérieurs, ainsi que l’attestent les divers murs de fondations trouvés naguère dans le terrain du voisinage. L’étang, entouré de « saulsaies et d’oseraies », était utilisé pour l’élevage de carpes, de tanches et de brochets.

Entre le château et le gué du Bout-du-Pont, des maisons commencent à se construire et forment petit à petit une rue, la première de La Gacilly. De cette rue, partent deux chemins, l’un qui s’en va vers Malestroit en empruntant l’ancienne voie romaine, l’autre qui s’en va vers Glénac en longeant la butte de la Bergerie. C’est le long de ces trois rues que sont venues graduellement se grouper les habitations des protégés de la seigneurie pour former peu à peu le noyau du bourg de La Gacilly. Parmi ses maisons de la rue principale qui descendait à la rivière, il devait y avoir une maladrerie qui sera remplacée quelques années plus tard par l’Hospice Saint-Jean. A la sortie du château, un autre chemin s’en allait vers la Bouère.

 DAME ET SEIGNEURS DE LA GACILLY.

Dès le commencement du VI° siècle, les comtes de Cornouailles avaient des résidences dans la forêt de Brécilien (de Brec’h-Hélian : empire des druides) qui deviendra plus tard Brocéliande et maintenant Paimpont. Ils avaient entre autres Gaël (du breton Wadel : le gué). Budic, comte de Cornouailles vers 509, céda à son frère Gicquel les pays de Gaël, Beignon et Montfort. Il est dit roi de Gaël en 530. Vers 550, un seigneur nommé Caduon demeurait au lieu-dit Tréfoss, aujourd’hui Trecoët. Avec l’aide de Merven qui deviendra Saint Méen, il construisit le monastère de Saint-Jean de Gaël. En 606, le prince breton Judicaël vint se réfugier dans ce monastère. Il était le fils aîné du roi Judicaël mort en 605 qui avait eu vingt enfants dont Sainte Onène fondatrice et patronne de Tréhorenteuc. Le trône de Bretagne fut usurpé par le fils cadet Haëlon qui, converti, rendit le trône à son frère aîné Judicaël mais garda le pays de Gaël. Il mourut le 17 décembre 652. Il fut le dernier roi de la Domnonée.

A la fin du VIII° siècle, Charlemagne, alors maître de la Bretagne, divise cette province en fiefs et les attribue aux seigneurs partisans. C’est sans doute à cette époque que le fief de Gaël avec La Gacilly, fut créé.

Au IX° siècle, les rois de Bretagne Erispoë et Salomon avaient des résidences à Gaël, Campel, Plélan-le-Grand, Talensac et Maxent ce qui est confirmé par le Cartulaire de Redon. La baronnie de Gaël couvrait alors un très vaste territoire et comprenait celle de Montfort et la châtellenie de Brécilien. Elle s’étendait sur une quarantaine de paroisses.

C’est dans la seconde moitié de ce siècle que les pays de Nantes et de Rennes furent annexés à la Bretagne. Mais cette annexion fut suivie par l’invasion des Normands. Il y avait donc lieu de craindre que l’esprit de patriotisme, le sentiment national breton ne fut pas aussi développé, aussi énergique et aussi vif dans la population de ces pays que dans celle des régions plus occidentales. Pour parer à ce danger, les comtes de Nantes et de Rennes eurent soin de mettre à la tête des fiefs frontières des hommes de pur sang breton venus de Basse- Bretagne. C’est pourquoi le comte de Rennes installa trois fiefs frontières : Gaël, Lohéac et Malestroit. Au milieu, il se réserva le domaine de Ploërmel et au-delà de ces quatre seigneuries, il créa l’immense vicomté du Porhoët avec 140 paroisses en 1008 et plus de 4.000 km² avec à sa tête Guéthenoc qui habitait le château Thro en Guilliers à 13 km au Nord de Ploërmel et ensuite à Josselin où le château fut achevé par son fils. Les comtes de Nantes et de Vannes adoptèrent ce même système de fiefs avec Blain et Rieux. La Gacilly fut donc forcément incluse dans ce système.

Au XI° siècle, la baronnie de Gaël était toujours aussi importante. Elle appartenait toujours à la puissante famille dite de Gaël qui s’armait « d’argent à la croix guivrée de gueules ». La baronnie de Gaël englobait d’un seul tenant le territoire qui sera partagé plus tard entre les seigneuries de Gaël, de Brécilien, de Montfort et de Montauban dont La Gacilly. Une charte de 1152 prouve que la paroisse de Montauban appelée Senteleium (St Eloi) était dans le domaine de Montfort. D’autre part, une autre charte indique très clairement que le domaine de Montfort était rattaché à la Baronnie de Gaël ; celle-ci devait toujours s’étendre sur une quarantaine de paroisses dont Carentoir et donc La Gacilly (écrit d’ailleurs la Gacilli) et pour laquelle il est précisé que « c’était une châtellenie assez importante avec forêt, ancienne motte féodale et fiefs répandus dans sept paroisses ». La famille de Gaël prit le nom de Montfort à la fin du XI° siècle.

Raoul de Gaël.

La filiation attestée des Gaël-Montfort trouve son origine en la personne de Radulfus Anglicus, Raoul L’Anglais dit aussi Ralf L’Ecuyer[7] qui apparaît comme témoin dans une charte bretonne du duc Alain en 1031. Il paraît dans des actes de 1040 et 1064. C’est probablement le même qui est présent à la cour d’Edouard le Confesseur en 1060, il y tient la charge de staller, c’est à dire d’administrateur local et de conseiller. Il assiste au siège de Dol en 1065 avec Juhaël de Lohéac et Alain de Rieux. Puis il accompagne le duc Guillaume de Normandie, auquel il s’est rallié, à la conquête de l’Angleterre au début de l’année 1066 toujours avec le sire de Lohéac. Mais, en octobre, il se rallie à Guillaume Le Conquérant et lui apporte son soutien lors de son invasion ; il se voit récompensé par l’octroi du comté d’East-Anglie qui comprend les comtés de Norfolk et de Suffolk.

Son fils, Raoul II de Gaël-Montfort, sire de Gaël, de Montfort et du Largez en Louargat, puis roi d’Estrangles, comte de Norfolk et de Suffolk en Angleterre, vit d’abord en Angleterre où il manifeste lui aussi, dans un premier temps, une grande fidélité vis à vis du Conquérant qu’il aide dans sa conquête ; celui-ci n’hésite pas à lui confier, à la mort de son père en 1070, l’earldom de Norfolk. Il épouse Emma de Breteuil, fille de Guillaume Fitz-Obern, comte de Hereford. Mais la bonne entente entre le roi et Raoul ne dure pas. En 1075, Raoul se révolte et entraîne avec lui son beau-frère Roger de Breteuil, earl seigneur d’Hereford. L’insurrection échoue. Raoul se réfugie en Norvège puis au Danemark enfin en Armorique où sa famille surtout maternelle possède de nombreux alleux autour de la forêt de Paimpont. Une partie d’entre eux avaient sans doute été donnée par Alain III, duc de Bretagne à son père Ralf l’Ecuyer. Installé en Bretagne, Raoul se montre particulièrement remuant. Peut-être construisit-il le château de Gaël ? Des textes connus font remonter à cette époque la première présence d’un habitat fortifié à Gaël. Il envisage de construire également une défense à Montfort afin de protéger un point stratégique essentiel sur la voie romaine Rennes/Carhaix. De même et pour la même raison, c’est lui qui décide de construire le donjon de La Gacilly sur la butte où sera bâti un peu plus tard le château.

 Puis Raoul s’assagit, il ne cherche plus à se venger du duc de Normandie, Guillaume, qui meurt en 1087. Il accepte également l’autorité du duc de Bretagne, Alain Fergent. Il devient un grand seigneur breton. En 1093, il témoigne dans un jugement entre les moines de Redon et les chapelains du duc. Pour la première croisade, il se croise avec le duc de Bretagne, Alain Fergent. Il devait décéder lors du siège de Nicée en 1097. Il est permis de penser que ces deux Raoul de Gaël, père et fils, furent les deux premiers seigneurs de La Gacilly puisque, quelques années plus tard, leur petit-fils et fils signera son acte de mariage comme étant sire de La Gacilly. Il avait eu trois garçons :

Ø     Guillaume I°, mort en Angleterre en 1102.

Ø     Raoul III (qui suit).

Ø     Alain, sire du Largez, qui accompagna son père en Palestine où il mourut sans alliance en 1101.

Raoul III de Montfort.

Fils de Raoul II de Gaël, il hérite de la seigneurie mais il abandonne le nom de Gaël ayant fait de Montfort sa résidence principale que son père avait projetée. C’est lui qui construisit les donjons de Montfort, de Hédé et de Châteauneuf près de Saint-Malo où il possédait des terres. Il en fait allusion dans une charte de 1107. Ces trois donjons étaient pratiquement identiques quant à la taille et quant à la forme.

Il se marie en 1117 avec Havoise de Hédé, dame de Hédé et de Montauban. Il signe son acte de mariage comme étant sire de Montfort, de Gaël et de La Gacilly. Tout de suite, il se met au service de Henry I° d’Angleterre dont il devient le conseiller favori. Il prend une part glorieuse à la bataille de Tinchebray en 1106 et donne, en 1112, au prieuré d’Iffendic, droits d’usage dans le quartier de Coulon en la forêt de Brécilien. Il fonde, en 1124, le prieuré de Thélouet avec sa deuxième épouse, Anne. En 1133, il est excommunié pour avoir usurpé des biens relevant de l’abbaye de Saint-Méen-le-Grand. Il devait décéder en 1143. Sa première épouse lui donna au moins huit enfants parmi lesquels :

- Guillaume II de Montfort, seigneur de Montfort et de Gaël, marié à Amicie de Porhoët, dame de Montauban vers 1135. A la mort de son père en 1143, il devient seigneur de Gaël, de Montfort en partie et, par son mariage, de Montauban en partie. Dans l’acte de fondation de l’abbaye Saint-Jacques-de-Montfort en 1152, il reconnaît que la paroisse de Saint-Eloi de Montauban lui vient de son mariage : « Moi, Guillaume, seigneur de Montfort, donne pour la fondation de l’abbaye Saint-Jacques-de-Montfort des terres et divers bénéfices…Ma femme Amicie, mes fils et mes frères étant d’accord avec moi pour ces concessions, je crois bon de mentionner ce qui, dans ces terres appartenait à ma femme et à mes vassaux. Donc ma femme Amicie a donné le droit de vente du pain et de la viande en Gaël, les moulins de Talensac, la terre près du bourg de Saint-Eloi ». Son épouse, Amicie, était la fille d’Eudon II, comte de Porhoët avec des terres en Gaël, Talensac, Saint-Eloi de Montauban. Il était le mari de Berthe de Bretagne, fille du duc de Bretagne Conan III Le Gros et veuve de Alain Le Noir, comte de Richemont. A la mort de Conan, sa fille Berthe hérita du duché et son mari Eudon II devint duc de Bretagne mais le duché lui fut enlevé par Conan Le Petit, fils de Berthe et d’Alain Le Noir en premier mariage. Amicie hérita des terres de Gaël, de Talensac et de Saint-Eloi à la mort de son père. Guillaume II et Amicie eurent au moins cinq enfants dont Geoffroy I° de Montfort qui « posa la première pierre de l’église Saint-Jacques-de-Montfort, Raoul, son frère aîné, la deuxième, Guillaume, leur père, la troisième et enfin la quatrième par Amicie, leur mère ». Guillaume II décéda au temps de la Pentecôte en 1156. Le fils aîné Raoul IV devint le successeur mais il mourut le 12 décembre 1161 sans postérité et c’est Geoffroy I° qui devint seigneur de Montfort, et des terres de Gaël, Talensac et de Saint-Eloi.

- Le cinquième enfant de Raoul III et de Havoise de Hédé fut Gosceline de Montfort ; elle hérita d’une partie de Montauban et de Montfort à la mort de son père en 1143 (voir plus loin Philippe de Montauban).

- Olivier I° de Montfort : qui suit en 3.

Remarque importante :

La généalogie des Montfort/ Montauban a donné lieu à de nombreuses controverses et, même actuellement, les différents auteurs qui se sont intéressés à cette question, ne sont pas d’accord sur trois points en particulier :

Ø     Olivier I° de Montfort était-il aussi Olivier I° de Montauban ?

Ø     Sa sœur, Gosceline de Montfort qui épousa Alain de Rohan donna le jour à deux garçons : Jean et Philippe. Lequel fut l’aîné et lequel épousa Gosceline II de Montfort, leur cousine, fille de Olivier I° de Montfort/ de Montauban ?

Ø     Amaury, le neveu d’Olivier I°, était-il le fils de Guillaume II de Montfort et d’Amicie de Porhoët ?

Ces trois points seront examinés lors de l’étude de chacun de ces personnages.

 Olivier I° de Montfort.

Fils de Raoul III et frère de Guillaume II de Montfort, seigneur de La Gacilly et de la moitié de Montfort et de Montauban, il devint, plus tard, seigneur de Boutavant par son mariage. C’est lui qui construit le donjon de La Gacilly. Il signe d’ailleurs un document en 1160 qui en parle. Il eut une fille unique prénommée Gosceline ou Gosseline. Il vivait encore en 1181. Olivier I° de Montfort et Olivier I° de Montauban étaient-ils une seule et même personne ? Olivier de Montfort paraît comme témoin dans une charte du duc de Bretagne Conan II en faveur de l’abbaye de Bégar entre les années 1156 et 1171. Dans un acte de 1180 par lequel Geoffroy I° de Montfort confirme une dotation faite à l’abbaye de Saint-Jacques-de-Montfort par son père Guillaume II de Montfort, acte dans lequel il nomme Olivier de Montfort comme son oncle paternel. Donc, jusqu’en 1180, il est appelé Olivier de Montfort. Mais, à l’inverse, à la fin de cette même année, il est désigné comme bienfaiteur de l’abbaye de Saint-Jacques-de-Montfort sous le nom de seigneur Olivier de Montauban (dominus Oliverius de Monte-Albano). Dans des actes de 1241 et 1248, Olivier, seigneur de Montauban, appelle son aïeul Olivier de Montfort. Dans un acte du 12 juin 1246 paru dans le Cartulaire de Sainte-Melaine de Rennes, lors d’un accord entre l’abbé de Sainte-Melaine et Olivier de Montauban, époux de Jeanne de Porhoët, au sujet d’une rente de six quartiers de froment à prendre, dit cet Olivier, « dans mon grenier seigneurial de Montauban par suite de la donation qui en avait été faite par mon aïeul Olivier de Montfort ». Donc c’est le petit-fils qui appelle son grand-père Olivier de Montfort. Pour en finir avec cette question, il semble bien que ces deux Olivier soient une seule et même personne et qu’il devint Olivier de Montauban après le décès de son père et de sa mère ayant alors hérité d’une bonne partie de la seigneurie de Montauban dont La Gacilly.

 Gosceline II de Montfort.

Fille de Olivier I° de Montfort/Montauban, elle devient dame de La Gacilly à la mort de son père. Elle épouse, vers 1200, soit Philippe, soit Jean, sires de Montauban (qui suivent) auxquels elle apporte la seigneurie de La Gacilly. Elle décéda avant 1246. Elle eut une fille, Hermine, qui épousera Amaury de Montfort, fils de Guillaume II. Une controverse existe au sujet de cet Amaury car certains le disent frère de Guillaume II. Pourtant, dans un acte de 1204, il paraît avec son frère Raoul, or Guillaume II ne semble pas avoir eu un frère nommé Raoul.

 Philippe et Jean de Montauban.

Fils de Alain de Rohan et de Gosceline I° de Montfort (elle-même fille de Raoul III et de Havoise de Hédé et sœur de Guillaume II, voir en 2) Philippe et Jean sont l’objet d’une controverse et, pour bien comprendre leur histoire, il n’est pas inutile de rappeler leur généalogie. A la mort de son père Raoul II de Gaël, Raoul III de Montfort hérite de toutes les terres, c’est à dire les seigneuries de Montfort, de Montauban dont La Gacilly, de Gaël et de Hédé, ses deux frères étant décédés. Il abandonne le nom de Gaël pour prendre celui de Montfort qui était devenu sa résidence principale. A sa mort, ses enfants se partagent les seigneuries : Guillaume II garde Montfort et Gaël, Robert devient seigneur de Hédé et Olivier I° de Montfort/Montauban avec sa sœur Gosceline se retrouvent avec les seigneuries de Montauban et de La Gacilly. Gosceline, dame de Montauban, épouse Alain de Rohan et donne le jour à deux fils : Jean et Philippe. Qui fut l’aîné : question ? Certains auteurs disent que ce fut Jean et qu’il épousa Gosceline II de Montfort mais alors pourquoi, dans un acte de 1230, est-il dit que Philippe de Montauban fait don aux moines de Saint-Méen « de 27 sols de rente assis sur sa coutume de Saint-Eloi de Montauban en accord avec ses fils Olivier et Regnault et sa femme Gosceline de Montfort » ; il est d’ailleurs nommé dans cet acte « seigneur de Montauban, de La Gacilly et de Léberon (sûrement l’Eperon ). Ces deux constatations ne sont peut-être pas incompatibles : admettons que Jean, l’aîné et époux de Gosceline, décède très jeune et sans enfant, il laisse alors sa part d’héritage à son frère cadet Philippe qui peut très bien se remarier avec sa cousine Gosceline. Ainsi il rassemble les deux parties de la seigneurie de Montauban et peut prendre le nom de Montauban. Normalement il aurait dû s’appeler de Rohan comme son père ou tout au moins de Montfort puisque son père était aussi vicomte de Montfort ; d’ailleurs il garda les armes des Rohan de son père « de gueules à sept macles d’or » avec cependant une brisure en marque de juveignerie justement comme étant le cadet. A signaler que ce furent les armes de La Gacilly pendant plusieurs années. Les Montauban avaient, quant à eux, « de gueules à sept macles d’or au lambel de quatre pendants en chef » et les Montfort avaient gardé les armes des de Gaël « d’argent à la croix guivrée de gueules ». Dès 1199, un acte est signé par Philippe de Montauban et il figure aussi dans des actes de 1228,1230 et 1232 où il est nommé avec ses fils Olivier et Renault. Il est donc permis de penser que Jean décéda avant 1199 car, après cette date, il n’en est plus question. Philippe devient ensuite chevalier. En plus de Montauban et de La Gacilly, il était également seigneur du Binio, du Couëdor, à trois kilomètres à l’Ouest de Guer, de l’Eperon en Mohon et de Boutavant en Iffendic. Philippe et Gosceline eurent quatre enfants dont Olivier qui hérita de La Gacilly (qui suit).

C’est très certainement Philippe de Montauban qui transforma le donjon gacilien en château-fort.

Olivier I° de Montauban.

Fils aîné de Philippe de Montauban et de Gosceline II de Montfort, il devint chevalier. Par héritage, il fut seigneur de La Gacilly, de Montauban, du Binio, du Couëdor, de Boutavant. Son frère Renaud hérita de l’Eperon. Il épousa vers 1226 Jeanne de Porhoët , fille d’Eudon IV, comte de Porhoët, seigneur de Josselin et de Marguerite de la Villejagu. A la mort d’Eudon IV, Olivier eut, de par sa femme, le quart du comté de Porhoët. Olivier confirma en 1246 et 1258 les donations faites par son grand-père maternel Olivier de Montfort/Montauban aux moines de l’abbaye de Sainte-Melaine de Rennes de six mesures de froment à prendre annuellement dans son grenier de Montauban. Il eut quatre enfants dont Alain qui suit.

 Alain I° de Montauban. 

Fils aîné d’Olivier I° de Montauban et de Jeanne de Porhoët, il devint chevalier. A la mort de son père, il devint seigneur de Montauban, de La Gacilly, du Binio, du Couëdor et de Boutavant. Il eut en plus Montfort en partie et les forêts de Trémelin et de Coulon par son mariage en 1249 avec sa parente Mathilde de Montfort ; celle-ci était fille de Guillaume III de Montfort et de Nina de Rostrenen et arrière petite fille de Guillaume II (voir en 2). Elle était veuve de Josselin de la Roche-Bernard, chevalier croisé, dont elle avait eu un fils Alain de la Roche-Bernard et une fille Thomasse. Alain I° parut dans des actes de 1264 et décéda en 1286 ; Mathilde était décédée en 1279. Ils laissèrent deux enfants :

Aliette dont le mari Caro de Bodégat fut un des héros du combat des Trente à Josselin.

Olivier II de Montauban (voir en 8 ).

De son mariage avec Josselin de la Roche-Bernard, Mathilde de Montfort avait apporté à Alain I° le tiers de la seigneurie de Montfort et de Boutavant. Son fils, Alain de la Roche-Bernard, céda sa part à Guillaume de Lohéac qui le rétrocéda en partie à Alain de Montauban, nouveau mari de Mathilde qui reçut ainsi un sixième de Montauban dont les terres en la paroisse de la Chapelle Saint-Onen près de Montauban (acte passé en cour de Ploërmel en juin 1285 ).

Olivier II de Montauban.

Fils aîné d’Alain I° de Montauban et de Mathilde de Montfort, il devint chevalier. Au décès de son père, il devint seigneur de Montauban, de La Gacilly, du Binio, du Couëdor et en partie de Montfort. Il épousa en 1275 Louise de la Soraye qui lui apporta les terres d’Irodouër, de la Trinité et de la Soraye en Saint-Onen près de Montauban.

En août 1280, il consentit le changement du bail en rachat en faveur de trente de ses vassaux nobles sous Guer et la Trinité. Par acte passé devant la cour de Ploërmel en février 1285, il abandonna à Guillaume de Lohéac tout ce qu’il possédait dans les paroisses de Comblessac, Mauron et la Chapelle des Bruyères. En 1286, il lui concéda pour deux ans les revenus de ces terres en Montauban, Guer et Carentoir. Comme il n’est pas question de La Gacilly, il est permis de penser qu’il s’était réservé la seigneurie entourant son château gacilien et, d’ailleurs, son fils, Olivier III y habita très souvent.

Par acte passé en cour de Ploërmel en mai 1286, il donnait en dot à sa sœur Aliette, lors de son mariage avec Caro de Bodégat, cent livres de rente. Il devait décéder à la fin de l’année 1286, quelques mois après son père Alain. (Cette année 1286 fut marquée par un terrible tremblement de terre dans toute la Bretagne ; il dura 40 jours avec plusieurs secousses journalières ; il causa de gros dégâts surtout à Vannes en renversant de nombreux édifices).            Olivier II laissait deux enfants :

Ø       Olivier III de Montauban (qui suit  ).

Ø       Renaud qui fondera la branche des Montauban du Bois de la Roche à Néant/Yvel.

 Olivier III de Montauban.

Fils aîné d’Olivier II et de Louise de la Soraye, il devint seigneur de Montauban, de La Gacilly et d’une partie de Montfort. Il paraît comme chevalier dans une montre en 1311. Il passa transaction en 1312 pour les dîmes de Saint-Eloi de Montauban. En août 1318, il passa transaction en cour de Ploërmel avec Olivier de la Chapelle qui réclamait son avenant en la paroisse de Montauban auquel il avait droit du chef de sa mère ; il est dit dans cet acte « seigneur de Montauban et de Montfort en partie.» En 1322, il eut un procès avec le duc de Bretagne et, en 1327, il eut un autre procès avec Jean Le Borgne (Arrêt du Parlement de Paris). En 1317, il obtint du pape Jean XXII siégeant à Avignon, l’autorisation de construire, à La Gacilly, l’hospice Saint-Jean, la chapelle Saint-Jean et le pont Saint-Jean près des moulins Saint-Jean. Il avait épousé secrètement, vers 1300, sa grande tante du 3° (ou 4°) degré Julienne de Tournemine. Elle était la fille de Geoffroy II, seigneur de la Hunaudaye et veuve de Raoul VI de Montfort, l’arrière-petit-fils de Guillaume II (voir en 2) mort en 1300. Le mariage fut légitimé par bulle papale en décembre 1320 laquelle devait être lue dans les églises de Montauban, Montfort et Guer. Olivier donna en douaire à son épouse en septembre 1314, 240 livres de rente assises sur les terres qu’il possédait en Landujan, le Lou, la Chapelle-du-Lou, Irodouër et Saint-M’Hervon. Il eut trois enfants :

Ø     Jean I° de Montauban, chevalier et capitaine pour Charles de Blois avec ses deux frères dans la guerre de Succession au duché de Bretagne, il fut arrêté à Paris dans un tournoi, par trahison et il eut la tête tranchée le 29 novembre 1343 avec Olivier III de Clisson et quatorze gentilshommes bretons sur ordre de Philippe VI de Valois. Il ne laissait pas de postérité de sa femme demoiselle Blaise de Montauban. Il faut rappeler que la guerre de Succession fait rage malgré la trève de Malestroit le 19 janvier 1343 ; avec les allées et venues des soldats des deux camps, le pays de Redon est particulièrement dévasté car l’évêque de Vannes avait pris fait et cause pour Jean de Montfort et Jean de Tréal, abbé de Redon, avait choisi le camp de Charles de Blois.

Ø     Alain II de Montauban (qui suit ).

Ø     Olivier IV de Montauban (qui suit )

A la mort de son mari Olivier III en 1336, Julienne de Tournemine reçut en douaire en décembre 1340 :

Ø     le château et la seigneurie de La Gacilly avec ses dépendances en Tréal, Ruffiac, Les Fougerêts et la Chapelle-Gaceline.

Ø     les rentes dues en Mohon

Ø     les rentes dues dans le territoire de la vicomté de Rohan.

De son premier mariage avec Raoul V de Montfort, Julienne de Tournemine avait eu un fils unique Raoul VI qui hérita d’une partie de Montfort. Par son second mariage avec Olivier III, elle eut trois garçons :

 Alain II de Montauban.

Fils cadet d’Olivier III et de Julienne de Tournemine, il devint chevalier et seigneur de La Gacilly et de Montauban à la mort de sa mère. Il fut également capitaine pour Charles de Blois et apparenté à Du Guesclin qui fit alors un bref séjour au château de La Gacilly. C’est la raison pour laquelle le château fut pris et ruiné par les Anglais vers 1350.

Alain II mourut sans postérité en 1357 et fut inhumé dans l’enfeu et chapelle des seigneurs de Montauban, dans l’église des Pères Jacobins de Dinan, les Frères Prêcheurs.

Olivier IV de Montauban.

Troisième et dernier enfant d’Olivier III et de Julienne de Tournemine. Il devint chevalier banneret, c’est à dire qu’il avait la possibilité de porter une bannière. Il servit Charles V, roi de France avec trois chevaliers et trente sept écuyers en 1377 et 1378. A la mort de ses deux frères, il hérita de tous les biens de son père Olivier III et de ceux de sa mère acquis après son remariage avec Olivier III. Il devint seigneur de Montauban, de La Gacilly puis de Gouneville, de Quinéville, de Romilly, de Marigny, de Crespon, de Tuboeuf, de Craon, de Brisolette et de la Bréhardière suite à son mariage avec Jeanne de Malesmains vers 1342 qui, étant fille unique, hérita de ses parents Gilbert de Malesmains, seigneur de Marigny et Tiphaine de Courcy. Elle était aussi nièce de Jeanne de Malesmains, dame de Sens, épouse de Robert du Guesclin, en 1318, père du fameux connétable. Elle mourut en 1383 en laissant sept enfants dont Olivier V (qui suit ).

Après la mort de son père, Olivier III, il eut pour tuteur son oncle Renaud de Montauban, seigneur du Bois de la Roche. Comme ses deux frères, il fut, lui aussi, capitaine pour Charles de Blois et servit sous les ordres de son cousin Bertrand Du Guesclin. Il passa les montres de sa compagnie comme chevalier banneret à Dinan le 16 janvier 1356 avec 2 chevaliers et dix écuyers dont Olivier et Renaud de Montauban et trois archers et, un peu plus tard, en 1367, il est en Espagne avec Du Guesclin. Le 10 Avril 1371, il est à Dreux avec un chevalier et seize écuyers dont Jean de Montauban, son fils. Avec cet équipage, il assiste au siège de Bécherel et de Brest la même année. Une autre montre à Saint-Cloud le 1° septembre 1373 le met en compagnie de trois chevaliers et de 25 écuyers dont Jean de Montauban, son fils.

Le 25 avril 1379, il signe, avec son fils Olivier V, l’acte d’association des seigneurs bretons contre l’invasion des Français dans leur province. Il ratifie le deuxième traité de Guérande en 1381. Il meurt en 1388.

 Olivier V de Montauban.

Fils aîné de Olivier IV et de Jeanne de Malesmains, il devint chevalier banneret et seigneur de Montauban, de La Gacilly, de Gouneville, de Romilly, de Quinéville, de Marigny, de Tuboeuf, de Craon, de Brisolette, de la Bréchardière, puis, de par son mariage, de Landal et d’Aubigné.

Il paraît comme écuyer à la montre de son père en 1356 ; il assiste avec lui aux sièges de Bécherel et de Brest en 1371, il signe, le 25 Août 1379, l’acte d’association des seigneurs bretons pour la protection du duché contre les Français. Il donne en partage :

Ø     la seigneurie de Craon à son frère Amaury en 1385.

Ø     les seigneuries de Brisolette et de la Bréchardière à sa sœur Jeanne, veuve de Jean de Tillé (La Tellaye) le 20 Mai 1388.

C’est lui qui commence à restaurer le château de La Gacilly, les travaux seront continués par sa veuve. Il assiste aux états de Rennes en 1386. Il transige le 30 janvier 1386, avec les exécuteurs testamentaires de sa mère, Jeanne de Malesmains, et leur abandonne pendant trois ans les revenus des terres en Normandie et en Anjou. Il meurt en février 1389 peu de temps après son père.

Il avait épousé, vers 1360, Mahaud d’Aubigné, dame héritière de Landal et d’Aubigné, fille de Guillaume et de Philippote. …. Mahaud d’Aubigné, par acte du 1° Février 1392, donne quittance à son parent, Roland de la Planche, héritier de Renaud de Montauban, seigneur du Bois de la Roche et du Binio, de 3.000 francs d’or dus à cause de la tutelle de Renaud de Montauban qui avait été en 1340 tuteur d’Olivier IV de Montauban. Elle continua ses travaux et obtint du duc en 1392 l’autorisation de lever un fouage de 10 sols sur leurs vassaux pour relever et garder leurs forteresses. Elle dut en employer une grande partie à remettre en état celle de La Gacilly mise en piteux état par les Anglais et qui, cependant, présentait une position très forte et très sûre. Elle mourut en 1412 ayant eu six enfants dont Guillaume III (qui suit en 14). Son deuxième fils, Robert de Montauban, releva la branche des seigneurs du Bois de la Roche. Son troisième fils, Bertrand de Montauban, fut chambellan du duc Jean V en 1404 puis chambellan du dauphin de France et lieutenant des gardes du château du Louvre en 1414. Il périt à la bataille d’Azincourt en 1415.

 Guillaume III de Montauban.

Fils aîné d’Olivier V de Montauban et de Mahaud d’Aubigné, il épouse en 1382 Marguerite de Lohéac, fille de Eon de Lohéac, seigneur de la Roche-Bernard, de Plélan, de Brécilien et de Béatrix de Craon, veuve de Jean de Malestroit. Son épouse décèdera en 1407. Guillaume III devint chevalier banneret et seigneur de Montauban, de La Gacilly, de Landal, de Romilly, de Marigny, de Crespon, de Tuboeuf puis, de par son remariage, de Langle de Château-Thierry et de Montbran par rachapt.

Chancelier de la reine de France en 1387, gouverneur de la Guerche pour le duc de Bretagne en 1392, envoyé en ambassade en Angleterre puis nommé gouverneur et capitaine de Dinan le 27 novembre 1402, confirmé dans cette charge en 1404 et en 1413, il était en même temps, depuis 1411, chambellan du dauphin Louis.

Il promit quatre hommes d’armes montés et armés à la comtesse de Penthièvre par actes d’août 1379 et juin 1391. Il paraît à des montres en 1386 et en 1391. Il prête serment de fidélité au duc le 5 mars 1388

Il donne en douaire à sa mère, Mahaud d’Aubigné, le 7 novembre 1389, Romilly et Marigny. Suite à une demande de sa mère, il reçoit du duc, le 20 Septembre 1392, le droit de lever dix sols de fouage sur ses vassaux « pour la réparation et la garde de ses forteresses ». Le duc l’envoya en ambassade en Angleterre en 1396. Il reçoit, le 1° juillet 1400 quittance de Jean III de Rieux des 3.000 livres promises par son contrat de mariage avec Béatrice de Montauban, sa fille aînée du premier mariage. Au décès de son père en 1432, c’est sa fille Béatrice qui hérita de la seigneurie de le Gacilly et l’apporta à Jean III de Rieux, son époux.

 Guillaume III de Montauban.

En 1404, il fonde le couvent des Carmes de Dol. Il assure, en janvier 1406, la seigneurie de Landal en douaire à sa femme, Marguerite de Lohéac, au cas où elle lui survivrait. En novembre 1408, il passe un acte d’accord avec Jean de Saint-Didier, seigneur de Mué et la Haye de Torcé, son cousin, fils de Jean de Saint-Didier et de Jeanne d’Aubigné, tante de sa mère Mahaud. Il achète en 1411 les seigneuries de Plancoët et de Montbran à Pierre de Tournemine mais le duc fit annuler la vente de Plancoët. Dans un acte passé en cour de Ploërmel, la même année, avec sa sœur Marie de Montauban, épouse de Alain de la Houssaye, il est dit : « issu en juveignerie d’aîné des seigneurs et dame de Porhoët ».

En 1411, il épouse Bonne Bicente Visconti de Milan, une italienne fixée à la cour de France. L’acte de mariage daté du 13 août 1411 « fut fait, conclu et annoté » par le roi Charles VI et la reine Isabeau de Bavière d’une part et messire Raoul, seigneur de Coëtquen, messire Bertrand de Montauban, frère dudit Guillaume, sire de Montauban, chevalier, d’autre part. A la faveur de ses noces, Bonne Visconti reçoit du roi 30.000 livres dont 20.000 devaient être converties en héritage pour lui demeurer propre ainsi qu’aux enfants à naître et les 10.000 livres restantes étant attribuées à son mari « pour en faire à son bon plaisir et à sa volonté. » En outre, à Bonne Visconti, Guillaume assigne pour douaire 30.000 livres de terres sur la baronnie de Landal et les châtellenies de Romilly et Romigny. Toutes ces conventions furent ratifiées dans un acte subséquent du 5 avril 1412 et le mariage se célébra le 22 août 1414, trois ans après sa signature. Par cette alliance, Guillaume de Montauban devient cousin de la reine de France, Isabeau de Bavière et donc également du roi de France Charles VI, son époux. Guillaume III de Montauban, toujours à l’occasion de son remariage, reçoit le 2 octobre 1411 de Louis, (3° fils du roi de France Charles VI ), duc de Guyenne et dauphin du Viennois et dont le dit Guillaume était chevalier, conseiller et chambellan, une pension annuelle de 1.000 livres à prendre sur sa cassette personnelle. Il passe le 7 mai 1412 un acte d’accord avec son beau-frère, Jean du Chastelier, vicomte de Pommerit et veuf de Julienne de Montauban. En août 1421, il remet quittance au duc d’une somme de 6.366 livres que celui-ci lui devait pour arriéré de solde aux gens d’armes de sa compagnie et pour le tort qu’il lui avait causé en annulant l’acquêt de Plancoët qu’il avait fait de Pierre de Tournemine. Il parait comme seigneur de Montauban à la réforme de 1427. Il ratifie le traité de Troyes le 3 septembre 1427. Il accompagna le duc à Rouen en 1428. Les Visconti portaient « d’argent à la guivre ondoyante d’azur (alias de sinople), en pal engoulant un enfant de carnation ». Guillaume III de Montauban eut sept enfants dont trois du premier mariage :

Ø      Jean, fils héritier, qui deviendra Jean III de Montauban, chevalier banneret, seigneur de Montauban, de Landal, de Romilly, de Marigny, de la Bréchardière, du Maz, de Péer, de l’Eperon et enfin de Kérenrais par son mariage, vers 1420, avec Anne de Kérenrais qui décèdera en avril 1499, survivant à leur fille unique Marie de Montauban (qui va suivre ). Il fut très attaché à la cour de France, conseiller puis chambellan du roi Charles VII, maréchal de Bretagne en 1417, il deviendra le gardien du prince Gilles de Bretagne. Il fut nommé maréchal (1417) à la place de son frère Arthur, puis fit la conquête de la Normandie (1448) pour devenir bailli du Cotentin (1450) et nommé par Louis XI, grand maître des Eaux et Forêts et amiral de France (1461), gouverneur de la Rochelle(1466) et enfin ambassadeur en Castille. Il portait « écartelé aux 1 et 4 de Montauban et aux 2 et 3 de Milan » alors que les de Kérenrais portaient de « vair d’argent et de gueules. » Il mourut à Tours le 1° mai 1466 et enterré, comme son père, au couvent des Carmes à Dol.

Ø      Béatrix de Montauban, dame de La Gacilly et des Fougerêts, épouse, par contrat du 1° juillet 1400, Jean III de Rieux-Rochefort à qui elle apporte par héritage, au décès de son père, 4.000 livres et la seigneurie de La Gacilly. La seigneurie de Montauban fut acquise par rachat par le duc Jean V à la mort de son père Guillaume III de Montauban ; à ce moment, la seigneurie de La Gacilly aurait pu être sous la couronne ducale si Jean, le frère de Béatrix, était resté seigneur de La Gacilly.

                        Elle décède le 21 janvier 1401.

Ø      Marie qui épousa Jean Malet, sire de Graville et de Marcoussis, chambellan du Dauphin.

Ø      Ysabeau mariée par contrat du 2 février 1436 à Tristan du Perrier, comte de Quintin, fils aîné de Geoffroy et Isabeau de la Motte.

Ø      Béatrix unie le 13 septembre 1435 à Richard, seigneur d’Espinay en Bretagne, veuf de Marie de Gouyon, fils de Robert II du nom et de Marguerite de la Courbe.

Ø      Louise qui s’allia à Guy de la Motte, vicomte de Vaucler, vivant en 1436.

Ø      Arthur, bailli du Cotentin en 1450, qui fomenta l’assassinat de Gilles de Bretagne, frère du duc François I°, étranglé dans son cachot au château de la Hardouinaye le 25 avril 1450. Pour éviter la peine due à son crime, Arthur se réfugia en France et se fit moine célestin au couvent de Marcoussis d’où Louis XI, qui le protégeait, le retira pour le faire archevêque de Bordeaux en 1463 où il fit son entrée le 18 novembre 1467. Entre temps, le pape le nomma en 1463, abbé de l’abbaye de Redon, mais il dut se désister face à l’indignation des seigneurs bretons. En proie aux remords, il regagna le couvent de Marcoussis et y mourut en 1478, sur la fin de mars. Il portait pour armes « écartelé aux 1 et 4 de Montauban ; aux 2 et 3 contre-écartelé : aux 1 et 4 d’argent au lion de gueules, aux 2 et 3 de gueules au lion d’or, qui est Armagnac et sur le tout Milan »

Guillaume III de Montauban meurt en 1432 sans avoir beaucoup profité de son beau château gacilien terminé depuis deux ans. Il fut inhumé dans la chapelle du couvent des Carmes à Dol-de-Bretagne  qu’il avait fondé en 1404.

 Jean III de Rieux-Rochefort.

Fils premier de Jean II de Rieux et de Jeanne de Rochefort, il devint baron d’Ancenis, vicomte de Donges, seigneur d’Elven, de Largouët…etc. Veuf en premières noces de Marie de Valois, il eut, par son remariage avec Béatrix de Montauban qui lui amena La Gacilly, une fille unique Marie de Rieux. Ainsi la seigneurie de La Gacilly passa des Montfort/Montauban qui la détenait depuis quatre siècles, aux de Rieux. Le 20 mars 1424, le duc Jean V émet un mandatement pour faire armer les communes de son duché, on peut y lire en particulier : « item au pays de Vennes et ezdits terrouers de Rieux, de Rochefort et de la Gassily, notre très chier et bien amé cousin et féal le sire de Rieux… ».

 Marie de Rieux.

Fille unique de Jean III de Rieux et de Béatrix de Montauban, celle-ci était devenue héritière de La Gacilly à la mort de son père, Guillaume III en 1432. Marie de Rieux , dame de La Gacilly, des Fougerêts et de Châteauneuf présente en cette qualité le minu de sa terre sur un parchemin de 3.3m de long qui commence ainsi : « Est le minu des héritages, rentes et revenus du terrouer de La Gacilly, cheues en rachapt à Monseigneur de Bretagne au baillage de Ploërmel par le décebs de dame Béatrix de Montauban, dame de Chasteauneuf et de la Gazcilli, quelle décebda le XXI° jour de janvier l’an mil quatre cens un, baillé au recepveur de Ploërmel par Jehan, sire de Rochefort et de Rieux, au nom et comme garde naturel et légitime administrateur de Marye, dame doudit lieu de la Gazcilli, fille du messire Jehan, sire de Rieux, fille et héritière de la dame Béatrix. Donné témoin le sceau de messire Pierre Eder à moy presté et mis à ces lettres, à ma requête, le 26° jour du mois de février 1401. »

Elle épouse, en 1426, Louis d’Amboise, vicomte de Thouars. Celui-ci eut un fils naturel qui entra dans les ordres sous le nom de Frère Gérard ; il était aussi connu sous le nom de « bastart de Thouars ». Marie de Rieux décéda le 28 janvier 1463.

Dans le contrat de mariage de Françoise d’Amboise et de Pierre II, il est indiqué que Marie de Rieux « advertye et conseiller par Pierre de Rochefort, mareschal de France et Michel de Rieux, oncles d’icelle damme, les sires de Malestroit, Jehan de Montauban, sieur de Kérenrais, le sire de Rostrenen et autres, ses cousins et parenz ». 

 Françoise d’Amboise.

Fille unique de Marie de Rieux et de Louis d’Amboise, née le 9 mai 1427, elle fut promise en mariage au prince Pierre de Bretagne, fils cadet du duc Jean V Le Sage par traité de 1431, elle n’avait alors que quatre ans; elle passa alors sans doute à La Gacilly avec sa mère pour se rendre à Vannes pour la cérémonie des fiançailles.. A cinq ans, elle déclare à la duchesse : « Monseigneur et vous et toute votre cour avez aujourd’hui reçu le corps de Notre-Seigneur et moi seule, faute d’âge, je suis privée de ce bien ». Une exception allait lui permettre de communier. Elle épouse le prince en 1445, à Vannes, à l’âge de dix-huit ans. Il était alors comte de Guingamp et habitait ce château. En 1449, Yves de Pontsal, évêque de Vannes reçoit une bulle papale érigeant Redon en évêché à la demande de François I°, duc de Bretagne ; ce nouvel évêché prenait au diocèse deVannes : Redon, Bains-sur-Oust, Brain et Langon. Il englobait également des paroisses des diocèses de Nantes, Rennes et Saint-Malo. Sur les remontrances des évêques en place, le pape Nicolas V suspendit sa commission par un bref du 20 décembre 1449.

En juin 1449, Françoise d’Amboise fait une entrée solennelle au château de La Gacilly où elle est accueillie par le chapelain, messire Jean Houx. Pierre, son époux, avait deux frères : François l’aîné et Gilles. Celui-ci, entraîné par les Anglais, fut arrêté par le roi de France et emprisonné à Dinan parce que ses frères n’avaient pas voulu le faire même sur les conseils d’Arthur de Montauban. Pour obtenir sa liberté, les Anglais pillent la ville et le château de Fougères et Pierre est envoyé contre eux. Gilles, d’abord condamné à mourir de faim, puis par le poison, fut en fait étranglé. François, le frère aîné, duc de Bretagne, décède à Redon et est inhumé en

 

Françoise d'Dambroise  

 

l’abbaye Saint-Sauveur le 17 (ou 18) juillet 1450 ; Pierre devient alors duc de Bretagne. Par l’avènement de son époux au trône ducal de Bretagne sous le nom de Pierre II Le Simple, Françoise d’Amboise devient duchesse de Bretagne. Pour marquer cet événement, une grande fête a lieu au château de La Gacilly qui arbore la bannière ducale. D’après C. Floquet, le nouveau duc et son épouse séjournent fréquemment à La Gacilly. Messire Jean Houx, sur les ordres de la duchesse, fait construire près du pont, sur la rive droite de l’Aff et près de la fontaine Sainte-Julitte, des chaumières pour les pauvres de la seigneurie. De même, toujours sur les ordres de Françoise d’Amboise, la chapelle du château, devenue la chapelle tréviale « à peine âgée d’un siècle et demi, chancelait sous la main du temps et réclamait un accroissement pour sa nouvelle population chrétienne ; elle fut donc agrandie et consolidée ».

Beaucoup de témoignages concordent pour dire que Françoise d’Amboise avait un très grand goût pour les lévriers ; elle payait même Olivier Kerbonic pour en prendre soin. Les comptes de dépenses de Françoise d’Amboise[1] dénotent une très grande bonté et une très grande générosité. En 1455, elle obtint du pape Calixte III une bulle l’autorisant à fonder à Nantes une communauté de l’ordre de Sainte Claire. En 1456, elle acquiert par acte du 23 mars, de François de Rieux, sire de Rieux et de Rochefort, la maison de Rochefort située à Nantes pour y établir ce couvent d’abord dirigé par des Pères Fransiscains et où les Clarisses arrivèrent le 30 août 1457. Le temps qu’elle fut dans « le monde et sur le trône », elle possédait un « queurre », en fait un carrosse qui servit plus à ses amies ou dames qu’à elle-même ; elle l’envoyait souvent en Bretagne pour les y chercher lorsqu’elle était à Nantes.

Pierre de Bretagne transfère les Etats de Vannes à Rennes et, en compagnie de son épouse, assiste en l’église Saint-Pierre de Vannes, à la canonisation de Saint Vincent-Ferrier le 4 juin 1456 avec trois membres de la confrérie de Saint-Nicolas de La Gacilly. La duchesse reçut alors de l’évêque la ceinture du saint, son bonnet doctoral et l’un de ses doigts. Il fallut qu’on lui donnât une autorisation expresse d’accepter ces dépouilles vénérées qui effrayaient sa profonde piété. Elle s’empressa de les déposer dans des lieux saints, c’est la raison pour laquelle il est permis de penser que Françoise d’Amboise fut à l’origine de la chapelle Saint-Vincent à La Gacilly. Il a même été écrit qu’elle en posa la première pierre en 1458. Entre temps, le 22 septembre 1457, le duc Pierre II meurt au château de Nantes d’une sorte d’érysipèle charbonneux nommé alors la maladie des bras parce qu’elle attaquait d’abord cette partie du corps et que, progressivement, elle étouffait le malade. Son neveu, Arthur III, devient alors duc de Bretagne car Pierre et Françoise n’avait pas eu d’enfant. Françoise d’Amboise qui « avait en très grande affection la résidence du château de La Gacilly » continue à y effectuer des visites et même à y résider quelques jours. En 1461, elle se retire au château du Gâvre puis à celui de Rochefort. Le roi de France Louis XI désirant la voir, elle se rend à Nantes en passant par La Gacilly en 1462. Arrivant de nuit sur les bords de la Loire, les portes du château ne lui sont pas ouvertes. Le lendemain, à la sortie de l’église Notre-Dame, son oncle, le sire de Montauban, tente de l’enlever. Les habitants la délivrent et elle se réfugie chez « Guyolle, en la Grande-Rue, au carrefour du Pilori ». Elle devient héritière de la seigneurie de La Gacilly au décès de sa mère en 1463. Une déclaration du Dial, le journal du couvent des Couëts (où elle se retirera) « commencza cette année 1476, dès la venue de très-révérente et religieuse dame seur Françoise d’Amboyse, naguère duchesse de Bretagne, vicomtesse de Thouars, comtesse de Bénon, princesse de Talmont, dame d’Amboyse, de Maran, de la Gacille, Foulgeré…etc comme vraye héritière de feu monseigneur son père, monseigneur Loys d’Amboyse, viconte de Thouars et de feue madame sa mère, damme de la Gacille et de Foulgéré et maintenant ancelle de Jhesu Crit. ». Le Claire, dans la Châtellenie de La Gacilly, pense qu’il s’agit du Grand-Fougeray quand il est écrit Foulgéré. Ne serait-ce pas plutôt Les Fougerêts ? Sa mère, Marie de Rieux était bien dame de La Gacilly et des Fougerêts. Et pourtant le Grand-Fougeray lui a bien appartenu et, en plus, c’est une seigneurie. Alors ???

Voici le minu que Françoise d’Amboise présenta en 1465 après le décès de sa mère : 

« Est le minu que rend haulte et puissante princesse, la duchesse Françoise à Pierre Avaleuc, recepveur de Ploërmel, des rentes et revenues de la terre et seigneurie de La Gacilly, tenue dudit lieu de Ploërmel qui sont cheues en rachapt par le debceix de dame Marie de Rieux, en son vivant vicomtesse de Thouars, dame de Foulgéré et dudit lieu de la Gazcilly, qui décebda le 28° jour de janvier l’an 1463, dont la dite duchesse est principale héritière, quand affin y celui recepveur en faire les levées, pour l’an dudit rachat anxin qu’il appartient. O protestation que a fait laditte duchesse de augmenter ou diminuer en ce présent minu, ainsain que de resson apartiendra ès fais, et quand il sera avissé par son conseil, et autrement que faire le doye, la déclaration du quel minu en suit…à la requeste par la duchesse faicte à nous notaires de la cour de Vennes de signer et passer le minu cy devant, le 27 janvier 1465, au Bondon, près Vennes. Signé : Gicquel et Faval ». Ce minu indique, parmi d’autres biens, le château de La Gacilly avec ses : « murs, murailles, clostures, douves, basse-court, avecques une maison scise en la basse-court du dit château, o leurs rues et appartenances, estant à présent inhabité, devoirs de guet, gardes et autres prérogatives y appartenir effois à présent et quant qu’il sera en réparation, contenant environ quatre journaux de terre rejoignant d’une part au grand chemin allant du dit lieu de La Gacilly à Carentoir et d’autre à Jehan Rebuffé, et d’un côté à terre à Jean Guéhenneuc et d’autre côté à terre à Guillaume Bruc. » Avec le terme « inhabité », Le Claire en a déduit que le château était abandonné ce qui n’est sans doute pas juste car le terme « inhabité » voulait simplement dire que Françoise d’Amboise n’y résidait pas en 1465, date du minu, puisqu’elle venait de se retirer au couvent Sainte-Claire à Nantes où elle se fit religieuse carmélite le 25 mars 1469, mais elle avait bien l’intention de le faire réparer, ne serait-ce que pour assurer le logement à son chapelain, Jean du Houx.

La duchesse Françoise d’Amboise ne garde que peu de temps sa terre de La Gacilly puisqu’elle la vend en 1466 à Marie de Montauban, sa cousine, veuve de Louis de Rohan (qui suit). Elle fonde le monastère des Trois-Maries au Bondon près de Vannes qu’elle inaugure en 1472 et où elle rentrera par la suite ; quelques années plus tard, elle en devient prieure. En 1476, elle est transférée sur ordre du pape et à la prière du duc de Bretagne François II, au monastère de Notre-Dame des Couets à Bouguenais près de Nantes où elle prend le nom de Sœur Françoise. Elle y décède le 28 octobre 1485, le samedi avant la Toussaint ; elle rendit son âme à Dieu à l’heure où Jésus Christ mourut sur la croix. Elle sera inhumée le vendredi 4 novembre Le châtelain du château, Jean Houx, la suit dans la tombe à la fin de la même année.

 Elle sera béatifiée en 1866. Elle ne fut jamais canonisée et est donc toujours restée bienheureuse.

Marie de Montauban.

Fille de Jean III de Montauban et d’Anne de Kérenrais, elle était dame de Montauban, de Landal, de Romilly, de Marigny et, par rachat, de La Gacilly. Elle épouse, le 29 octobre 1433, Louis I° de Rohan-Guémené, seigneur de Guémené et de Gié qui était le fils unique de Charles de Rohan et de Catherine Du Guesclin, dame du Verger, fille de Bertrand II et d’Isabeau d’Ancenis ; Louis I° de Rohan fit hommage le 25 janvier 1438 au vicomte de Rohan, son cousin de la terre de Guémené qu’il lui avait concédée en fief. Il assista au couronnement du duc François I° dans la cathédrale de Rennes en 1442 et eut l’honneur de porter sur un coussin de drap d’or le cercle en or avec lequel, depuis Jean V, on couronnait les ducs de Bretagne. Envoyé en ambassade vers le roi de France, Charles VII, en 1449, il ratifia, le 27 juin de la même année, le traité de Rennes conclu entre Charles VII et le duc François I°, traité d’alliance intime, offensive et défensive contre l’Angleterre. Chancelier de Bretagne depuis 1446, il fut accusé (faussement ?) au cours d’une enquête, dans une cause toute différente, d’avoir libellé et scellé un arrêt, au nom du duc François I,° portant la condamnation à mort du prince Gilles de Bretagne, puis de l’avoir notifié comme un ordre du duc aux misérables qui assassinèrent le prince. Il assista au couronnement du duc Pierre II, vers la fin de septembre 1450, puis il le reçut à Nantes, dont il était gouverneur, vers la mi-octobre. Le 30 octobre 1457, il figura pour la troisième fois au couronnement d’un nouveau duc de Bretagne, le comte de Richemont, connétable de France qui devint Arthur III. Louis I° de Rohan y reçut, par procuration de son cousin, le vicomte de Rohan, absent, au nom des Etats de Bretagne, le serment du nouveau duc. Le 15 décembre 1457, il mourut en son château de Mortiercrolles en Mayenne empoisonné, dit-on, par sa femme, Marie de Montauban. Ils avaient eu trois enfants : Louis( qui suit), Pierre et Hélène.

Après le décès de son mari, Marie de Montauban épouse en secondes noces le 8 novembre 1464, Georges de la Trémoille, seigneur de Craon, de Rochefort, comte de Ligny, chevalier des ordres du roi, lieutenant général de Champagne et de Brie, gouverneur de la Bourgogne. Il était le second fils du fameux favori de Charles VII, autre Georges, qui a laissé le souvenir du rôle néfaste qu’il joua auprès du roi et de sa deuxième sœur Catherine. Marie de Montauban décéda le 16 février 1477 et son mari en 1481 ; elle n’eut pas d’enfant de ce remariage.

Si le décès de son premier mari fut déjà une énigme, une deuxième énigme plane sur Marie de Montauban : c’est une liaison supposée avec Alain de Plumaugat qui a été révélée par une bulle du 9 mai 1475, dont l’original, sur parchemin et scellé d’une bulle de plomb, conservé aux archives nationales qui déclare que « le pape Sixte IV chargeait l’évêque de Tours de s’enquérir de la validité d’un mariage clandestin entre Alain de Plumaugat et Marie de Montauban, femme de Georges de la Trémouille. » Beaucoup de recherches pour éclaircir cette affaire sont restées vaines.

 Louis II de Rohan de Guémené de Montauban.

Fils de Marie de Montauban et de Louis I° de Rohan, il devint seigneur de La Gacilly à la mort de sa mère en 1477. Par transaction passée le 5 avril 1478 avec son frère cadet Pierre, il fut convenu que celui-ci aurait, pour sa part, dans l’héritage de ses parents, les terres et seigneuries de La Gacilly, de Carentan en Normandie et de Gié en Bourgogne. Voici le texte officiel de cet arrangement : « Transaction faite le 5 avril 1478 par laquelle noble et puissant Louis de Rohan, seigneur de Guémené, cède à Pierre de Rohan, seigneur de Gié, maréchal de France, son frère puîné, les terres et seigneuries de La Gacilly en Bretagne, de Carentan en Normandie, de Gié en Bourgogne, de Mortier-Croulle, du Matz et de l’Hostellerie de Flers en Anjou, de la Bréhardière au Perche ; de Tarteron et de Soulancre en Poitou pour son droit à la succession de leurs père et mère. » Pendant un siècle, jusqu’en 1569, la terre de La Gacilly restera aux Rohan.

En 1486, La Gacilly fut ravagée par un gigantesque incendie. En 1488, les habitants de La Gacilly apprirent un jour que la jeune duchesse Anne de Bretagne s’était réfugiée à Redon pour échapper aux intrigues qui naissaient de tous côtés pour son mariage et qu’un parti de Français devait l’enlever. Aussitôt les Gaciliens se mirent en route pour lui porter secours mais Anne était déjà partie pour Rennes. Trois ans plus tard, la jeune duchesse allait épouser Charles VIII, roi de France et lui donner la Bretagne en dot.

Toujours en 1488, l’armée française pénètre en Bretagne. Elle prend Ploërmel, Vannes et quelques autres forteresses. La bataille de Saint-Aubin du Cormier est un désastre pour les Bretons. Aussitôt après, par représailles contre les seigneurs bretons qui, s’étant d’abord ralliés à la Régente contre le duc, s‘étaient retournés contre leur souverain, les soldats français s’attaquent à leurs châteaux, les incendient et les détruisent ; celui de La Gacilly, quoique non occupé et appartenant au vicomte de Rohan plutôt pour l’armée française, fut lui aussi détruit car représentant une menace. Par qui fut-il incendié et démoli ? La légende veut que ce soit les Anglais ; le duc François II, dans sa lutte contre la France, avait en effet à sa solde des auxiliaires anglais et voulut se venger du vicomte de Rohan. Le duc étant mort le 9 septembre 1488, Charles VIII, roi de France, envoie aussitôt les ordres nécessaires pour occuper toutes les places fortes du duché, et cela jusqu’en 1491 où le roi, occupant toute la Bretagne « sauf la ville de Rennes et la fille qui était dedans » ne trouve rien de mieux pour terminer cette guerre que de demander la main de cette « fille », la duchesse Anne qui voulut bien la lui accorder.

Pierre de Rohan.

Fils cadet de Marie de Montauban et de Louis I° de Rohan, il devint maréchal de France. Il épouse Françoise de Penhoët, dame de Fronsac, la Marche et la Haute-Bouëxière en Carentoir. Par héritage, il devint seigneur de La Gacilly, de Carentan et de Gié en Bourgogne. Il eut trois fils :

Ø      Charles (qui suit en 21 )

Ø      Pierre (qui suit en 22)

Ø      François qui devint archevêque de Lyon.

Au décès de sa femme, il épouse Marguerite d’Armagnac, fille du duc de Nemours. Il mourut en disgrâce à Paris le 22 avril 1512.

Charles de Rohan.

Fils aîné de Pierre de Rohan et de Françoise de Penhoët, il rendit aveu pour sa terre de La Gacilly et celle de la Haute-Bouëxière en Carentoir. Il vendit La Gacilly à son frère cadet Pierre (qui suit) tout en restant comte de Guise.

 Pierre de Rohan.

Fils cadet de Pierre de Rohan et de Françoise de Penhoët, seigneur de Frontenay, il achète La Gacilly et la Haute-Bouëxière en Carentoir à son frère aîné Charles en 1512. Il épouse, en 1514, Anne de Rohan, sa cousine, sœur et héritière de Jacques et de Claude de Rohan, vicomtes de Rohan. Ce mariage réunit les deux branches de la famille des Rohan.

Il eut un fils, René (qui suit en 24). Pierre de Rohan fut tué à la bataille de Pavie le jour de la Saint Mathias 1524.

 Anne de Rohan.

Epouse de Pierre de Rohan, elle reçut en douaire la terre de La Gacilly. C’est elle qui rend aveu au roi, le 10 juin 1526, de cette terre au nom et comme tutrice de son fils René, par les mains de Pierre Robitel, son procureur et châtelain de La Gacilly, ainsi que pour sa terre de la Haute-Bouëxière. L’acte fut dressé par les notaires de cette cour au château de Plessé :  « Le pourpris, emplacement, mote, douves et appartenances du chasteau de La Gacilly, lesquels sont de longtemps en ruine, avecques une maison estant au joignant de la ditte motte dudit chasteau, et devant icelle maison avecques un jardin derrière, le tout d’un seul tenant ; le tout des dites choses sont sous environ troys journaulx, bitant d’une part au grand chemin qui conduit de La Gacilly à Carantoir, et d’une part à Guillaume Bruc. » Toutefois, en considération des services rendus au roi par le défunt Pierre de Rohan, la reine-mère voulut bien faire remise à la veuve de ses droits de lods et vente.

Elle mourut le 13 avril 1528.

 René de Rohan.

Fils de Pierre de Rohan et de Anne de Rohan, il devient seigneur de La Gacilly en 1528 et en fit aveu cette même année. Il est aussi prince de Léon, comte de Porhoët, vicomte de Rohan, sire de Blain, de Gié, de Carentan et de la Bouëxière. Il apparaît à la réformation de 1536 comme propriétaire de La Gacilly (appelée Gassiglé) et de la Haute-Bouëxière. Il épouse, en 1536, Isabelle d’Albret, fille de Jean de Navarre et de Catherine de Foix. Il cède sa terre de La Gacilly à Claude de Rohan pour 36.000 livres. Toutefois cette vente avait été faite « à condition et faculté de raquit (arrêt du Parlement) » ; en conséquence, René de Rohan pouvait racheter sa terre, et il le fit car, au mois de décembre 1540, dans l’aveu de la seigneurie de Couëtion, rendu par François Marcadé et Marie de la Bouëxière, son épouse, ceux-ci confessent : « estres hommes et sujets de haut et puissant seigneur, monseigneur René, vicomte de Rohan, comte de Porhoët, seigneur de Gié, Carentan, Beaumont, La Gacilly et la Bouëxière ». Il y eut probablement retrait lignager ; c’était un droit qui appartenait au parent le plus proche du vendeur de retirer des mains d’un tiers acquéreur un ancien bien de la famille en lui remboursant le prix qu’il avait payé. D’autres aveux sont rendus à René de Rohan, seigneur de La Gacilly les 24 juin 1548 et 10 octobre 1549. Dans l’aveu du 24 juin 1548, il est dit « lesquels héritages René de Rohan doit au roy comme le seigneur de la Haute-Bouëxière relevant du roy… », ce passage prouve que cette châtellenie de la Haute-Bouëxière dépendait directement du roi et non pas de La Gacilly, d’ailleurs le seigneur de la Haute-Bouëxière n’a jamais été cité parmi les seigneurs-vassaux de La Gacilly malgré qu’une grande partie des biens de la dite seigneurie en Carentoir et Tréal (maison et bois exceptés) relevaient de la seigneurie de La Gacilly

Il fut tué dans un combat près de Metz le 20 octobre 1552. Isabelle de Navarre reçoit en douaire le château et les terres de La Gacilly. Ils avaient eu un fils, Henry.

Selon une tradition, « un combat singulier opposa un seigneur de Rohan, de La Gacilly et de la Haute-Bouëxière à un seigneur de la Ruée en Ruffiac, celui-ci y fut tué ». Ces deux familles étaient voisines et les visites devaient être fréquentes. C’est ainsi que messire François de la Ruée, doyen de Quintin, signa le testament de Pierre de Rohan, baron de Pont-Château et seigneur de la Bouëxière en 1518. Par ailleurs, les de la Ruée furent alliés au XVI° siècle avec la famille Couëdor dont une branche était titulaire de la seigneurie de la Basse-Bouëxière. Mais vers le milieu du XVI° siècle, la famille de Rohan, en partie tout au moins, prit le parti des protestants et, en particulier, René de Rohan qui était en plus un habitué des « rencontres en duel » puisqu’il décéda à Metz en 1552 dans l’un de ces combats. Par contre, la famille de la Ruée fut toujours très royaliste et très dogmatique. Il semble bien qu’un différend religieux s’éleva entre les deux seigneurs qui voulurent le régler en duel. A l’emplacement du combat, sur la paroisse de Tréal, la famille de Rohan entreprit de faire construire une chapelle qui prit le nom de Bonnes Rencontres (est-ce pour chasser le mauvais souvenir ?). Un acte de la famille de Rohan rappelle que « nous avons pris possession (de la chapelle) pour avoir sonné la cloche et pris et fait prendre au sieur Pollet, notaire représentant le marquis de la Bourdonnaye, dans un banc situé côté de l’Epître près de la balustrade, et ce sans opposition, et avons également installé ledit seigneur de la Bourdonnaye dans le droit de seul seigneur fondateur de la dite chapelle ». Près de la chapelle, sur la même colline, un moulin à vent sera construit plus tard, les ruines y sont encore visibles. La chapelle sera incendiée en 1794, seule une croix en perpétue le souvenir.

 Claude de Rohan.

Vicomte de Rohan, il est désigné comme seigneur de La Gacilly dans les aveux des 13 et 18 juin 1540. C’est d’ailleurs son curateur, Monseigneur Jehan de Rieux, administrateur de l’évêché de Saint-Brieuc, qui reçoit ces aveux au nom de « hault et puissant Claude de Rohan, sieur de Frontenay, Lavau, la Haye de Carentan, La Gacilly et la Bouëxière ». Ces aveux concernaient le four à ban de la Bouëxière. Claude de Rohan ne fut donc seigneur de La Gacilly que quelques mois en 1540.

 Henry de Rohan.

Fils de René de Rohan et d’Isabelle d’Albret, il succède à son père comme seigneur de La Gacilly. Ce fut un calviniste convaincu. Il épouse Françoise de Tournemine, fille de René de Tournemine, seigneur de la Hunaudaye. Le 20 mai 1565, Henry de Rohan fait une fondation pour la confrérie de la Nativité de Notre-Dame en la paroisse de Carentoir « en donnant le jardin de Bédiguen, près le bourg, à la redevance de 12 deniers par an ». Pour cettte donation, il est désigné comme seigneur de La Gacilly. Il vend la terre de La Gacilly, en 1569, une première fois pour la somme de 16.000 livres et, en 1571, elle est revendue à Jean Apuril pour la somme de 6.500 livres. Mais, dans les deux cas, il dut y avoir retrait lignager  car, dans un aveu du 19 mai 1573, Henry de Rohan est redevenu seigneur de La Gacilly : « aveu par Jehan de Launay, sieur dudit lieu et du Boisbic, à Henry de Rohan, vicomte de Rohan, prince de Léon, comte de Porhoët, baron de Frontenay, seigneur de La Gacilly, pour le manoir de Boisbic et ses appartenances en la paroisse de Carantouer ». Henry de Rohan mourut en 1575.

 Jean Apuril ou Avril.

Sieur de Coesbo, son père, Jean Avril, fut connu sous le nom de Président de la Grée et mourut premier président de la cour des comptes en 1596. Jean Avril fils avait une tante, Jeanne Apuri,l qui fut la grand-mère de Jeanne Costard de Bocudon qui épousa Arthur de Forges de la Bouère.

Jean Avril fils achète la seigneurie de La Gacilly pour la somme de 6.500 livres « avec grâce et faculté de réméré de six ans », c’est à dire avec faculté, pour le vendeur, de racheter cette seigneurie dans un délai de six ans. Henry de Rohan étant mort en 1575, le procureur du roi à Ploërmel fit saisir la terre de La Gacilly, pour le droit de rachat. Mais Jean Avril s’y opposa, disant qu’il avait acquis cette terre, qu’il en avait pris possession, fait l’hommage par deux fois. A son tour le receveur de Ploërmel dit « qu’il devait jouir de cette terre, au nom du roi, car le seigneur de Rohan, malgré la vente qu’il en avait faite, avait toujours joui des revenus, institué sergents, notaires et autres officiers pendant la dite condition et grâce, par conséquent, qu’il en était resté propriétaire, ce qui se trouve reconnu vrai par l’aveu du 19 mai 1573, rendu par Jehan de Launay à Henry, vicomte de Rohan, seigneur de La Gacilly ». Un premier arrêt de la cour de Rennes, en date du 7 avril 1576, ordonnait aux parties de prouver la réelle et actuelle jouissance de la terre de La Gacilly ; en outre, le sénéchal de Ploërmel avait adjugé le droit de rachat au receveur du roi ; enfin la cour du Parlement, par son arrêt du 30 avril 1577, dit qu’il avait été mal jugé, donnait pleine main-levée au dit Avril et condamnait le receveur de Ploërmel aux dépens.

Charles de Cossé.

Comte de Brissac, il épouse Judith d’Acigné, fille de Jeanne du Plessis. Dans un aveu du 18 mai 1580, rendu à la seigneurie de Renac pour la terre de la Bouvrie en Pipriac, cette Jeanne du Plessis est dite « dame vicomtesse de La Gacilly et d’Acigné ». A la fin de 1580, Charles de Cossé achète la seigneurie de La Gacilly.

Jean de Couëdor.

En 1581, avec son épouse Renée du Quengo, ils sont propriétaires de la châtellenie de La Gacilly. Il était le fils de René du Couëdor et de Jeanne Le Jeune. Jean du Couëdor est un ligueur déterminé et il a embrassé le parti du duc de Mercoeur ; pour entretenir des troupes, basées au château des Basses-Bouëxières et commandées par le capitaine Blaise, qui protégeaient le pays contre les armées royales et attaquaient vigoureusement celles-ci, il effectue des dépenses considérables, en 1591. Jean de Couëdor, quant à lui, habitait Paris. N’ayant pas pu payer les dettes qu’il avait contractées, la saisie fut mise sur ses terres de La Gacilly et des Bouëxières, par ordre et à la requête de M. François Costeblanche, sieur de Lisle, marchand bourgeois de Paris qui lui avait avancé de l’argent. En vertu d’un jugement rendu par le présidial de Vannes le 14 avril 1595, la saisie fut prononcée contre les sieur et dame de La Gacilly, des Bouëxières et du Bois-Glé « avec ordre à l’huissier de faire afficher soit au chasteau des Basses- Bouëxières ou au bourg paroissial de Carentoir, ou autres lieux ou autres paroisses sur lesquelles sont situés lesdits héritages, d’autant que le sieur du Bois-Glé tient forte garnison de gens de guerre au dict chasteau des Basses-Bouëxières, au moyen desquels, qui sont journellement sur les champs et par les dictes paroisses, il (l’huissier) ne pourrait trouver aulcunes sergeances qui voulussent entreprendre de faire les dictes affiches ». Par la même sentence, le tribunal ordonnait de les poser « contre la principale porte de l’église baptismale de la ville de La Gacilly et contre la porte de l’auditoire du même lieu ». Elles y furent apposées ainsi qu’au poteau de la Halle le 23 avril 1596. Quelques mois auparavant la vente avait eu lieu et ce fut François de Talhouët, seigneur de la Ville-Quéno, gouverneur de Redon, qui acheta, par acte du 23 février 1596, la terre et seigneurie de La Gacilly. Jean du Houx devint propriétaire du château des Basses-Bouëxières soit par succession de sa mère, soit par achat lors de la saisie de Jean de Couëdor. Ce Jean du Houx épousa Françoise de Sécillon puis Jeanne de Forges, dame de la Bouère en La Gacilly. Il mourut le 5 novembre 1645. Jean de Couëdor, quant à lui, mourut en 1607 laissant une fille Marie qui vendit le Bois-Glé en 1637 à Hélène du Val, épouse de Jean de Marnière .

 François de Talhouët.

Seigneur de la Ville-Quéno, acquéreur de la seigneurie de La Gacilly, il n’y fut pas longtemps le seigneur car il décéda très peu de temps après. C’est sa veuve, Valence du Bois-Orhand, qui reçut en douaire la terre de La Gacilly.

Il fut un ligueur acharné et combattit contre René de Rieux-Sourdéac et Sébastien de Rosmadec-Molac. Grand ami de Mercoeur et chargé par lui du gouvernement de Redon et des pays circonvoisins, il fut du côté du duc jusqu’à l’abjuration d’Henri IV, essayant d’obtenir d’autres avantages honorifiques et surtout pécuniaires qui lui permirent d’acheter les propriétés de son malheureux compagnon d’armes, Jean de Couëdor. Jugeant qu’à partir de l’abjuration du roi, la ligue n’avait plus sa raison d’être, il s’en retira.

Fils de Jacques de Talhouët-Kéredren et de Anne de Coëtdro, François est l’auteur de la branche des Talhouët-Bois-Orhand par son mariage en 1577 avec Valence, héritière de Bois-Orhand. Elle était la fille aînée de Jean et de Marie de la Bourdonnaye. La famille des Talhouët vint du lieu-dit Kéredren en Questembert. Au moment de la conjuration de Pontcallec, 300 conjurés se réunirent à Kéredren pour prendre Vannes. C’est en 1598 que François prit possession de la Ville Quéno. François et son épouse ne parurent pas souvent dans la seigneurie de La Gacilly car les registres n’ont pas laissé beaucoup de traces de leurs passages.

Valence du Bois-Orhand.

Par contrat d’échange en date du 10 juin 1630, elle cède la seigneurie de La Gacilly contre celle de Sévérac à Françoise de Talhouët, épouse de Charles d’Amboise, marquis de Bussy. Elle épouse en secondes noces François de Trémigon, sieur de Kériman. Elle décède en 1643 (ou 1653).

 René de Talhouët.

Fils aîné de François de Talhouët et de Valence du Bois-Orhand, il est donc seigneur de La Gacilly même du vivant de sa mère car il met opposition à la vente de la terre de La Gacilly qui devient caduque. Il  prit grand soin de son domaine gacilien et y séjourna pendant plusieurs années de 1625 à 1632. Une grave blessure lui avait enlevé presque complètement l’usage de son bras droit lui interdisant de faire figure à la cour ou dans les camps.

Quand il décède le 22 août 1632 « sans hoirs de son corps », il laisse à sa veuve Catherine de Kerguézec :

Ø      un droit de 30.000 livres sur la terre de La Gacilly « pour récompense de ses deniers dotaux » (acte du 20 août 1623) qui, d’ailleurs, lui furent remboursés par Gilles de Talhouët, son beau-frère, un an après la mort de René et suivant une convention entre le dit Gilles et la dame Catherine en date du 31 janvier 1632.

Ø      une rente « de 1.000 livres pour son douaire, sans comprendre la somme de 30.000 livres ».

C’est René de Talhouët qui fit construire, en croisée, la chapelle latérale Saint-Nicolas à l’église de La Gacilly ; son épouse, Catherine de Kerguézec posa d’ailleurs la première pierre le 20 juin 1626. Deux ans plus tard, il fera construire l’autre chapelle latérale Notre-Dame.

A cette époque et d’après les registres paroissiaux de La Gacilly, la seigneurie de La Gacilly pouvait valoir 6.000 livres de rente, la terre rapportant alors à cette époque 4,75%.

 Gilles de Talhouët.

Fils de François de Talhouët et de Valence de Bois-Orhand, frère de René de Talhouët, il devient seigneur de La Gacilly à la mort de son frère malgré l’affaire du douaire de Catherine de Kerguézec qui suscita beaucoup d’ennuis au nouveau propriétaire. Il y eut procès entre Gilles de Talhouët et sa belle-sœur qui restait usufruitière malgré le remboursement des 30.000 livres dues d’après le testament de son aîné. Ce procès dura de 1633 à 1639. Cependant Gilles de Talhouët fit l’aveu de sa terre au roi le 13 septembre 1639 dans lequel il reconnaissait les droits de douaire et d’usufruit de Catherine de Kerguézec, dame de Kériman (voir cet aveu au chapitre Châtellenie quelques pages plus loin). Il n’habita que très peu sa seigneurie de La Gacilly, occupé à la cour du roi. Ne sachant comment payer les nombreuses dettes qu’il avait contractées, il songea à aliéner sa terre de La Gacilly, mais son principal créancier, M. de la Châtaigneraie-Marzan, s’y opposa. Il aggrava la situation lorsque, dans le contrat de mariage de son fils Louis-Redon avec Jeanne Le Levier, il fit introduire une clause qui ne pouvait qu’être désastreuse. En effet, par contrat de mariage passé le 19 juillet 1641 devant Berthelot, notaire royal à Ploërmel, Gilles de Talhouët assignait au futur époux la seigneurie de La Gacilly, déjà grevée du douaire de la veuve de René de Talhouët. Louis-Redon, ayant voulu acheter une charge qui devait l’attacher à la Cour, traita avec M. de Genlis pour l’acquisition d’une lieutenance dans le régiment des Gardes. Pour en payer le prix qui était de 24.000 livres, il se décida à aliéner la terre de La Gacilly malgré les charges qui pesaient sur elle. Par contrat du 18 mai 1644, il traitait avec M. de la Bourdonnaye-Couëtion, son parent, et avec M. de la Bédoyère, procureur général au Parlement de Rennes, et leur vendait la seigneurie de La Gacilly. Peu après, le 1° juin, il régularisait cette vente et, du consentement de sa mère et de son curateur qui était M. du Bézit-Ronceray, il en fixa le prix à 12.000 livres. M. de la Bourdonnaye eut dans sa part, toutes les dépendances qui se trouvaient aux paroisses de Ruffiac, Saint-Martin-sur-Oust, Les Fougerêts, Glénac et il paya les 12.000 livres quitte à se faire rembourser d’une partie par M. de la Bédoyère, celui-ci ayant la butte du château et ses dépendances à La Gacilly. Ce démembrement de la châtellenie de La Gacilly et l’arrangement qui suivit sont certifiés par l’acte qui suit : « Le 12 juillet 1645, aveu du chasteau de la Pelissonnaye, en la paroisse de Saint-Martin par Ollivier de Saint Martin à dame Yvonne du Bouëxic, épouse de Charles de la Bourdonnaye, chevalier, seigneur de Couëtion, comme propriétaire des châtellenies de La Gacilly, Montauban, aux paroisses de Ruffiac, Saint-Martin-sur-Oust, Les Fougerêts et Glénac ».

En vertu de l’acte du 18 mai 1644, M. de la Bédoyère devenait propriétaire de la motte du château et des autres dépendances de la seigneurie de La Gacilly. Il en fit don à sa fille Anne Huchet de la Bédoyère qui avait épousé Jean du Houx, seigneur des Bouëxières, fils de Jean du Houx, seigneur du Couëdic-Pibout en Tréal et des Bouëxières en Carentoir ; Jean du Houx fils devint ainsi seigneur de La Gacilly. Il est vrai que les créanciers de Louis-Redon de Talhouët essayèrent de faire infirmer cette vente, mais leur opposition n’eut pas de suite et le démembrement de la seigneurie de La Gacilly fut définitif. Le fief de La Gacilly en Cournon fut acheté par Jean du Houx et Charles de la Bourdonnaye, retiré sur eux par François du Beizit-Ronceray, sieur du Bignon, du Ronceray le 25 avril 1645 et vendu à Alexandre de Rieux, sieur de Sourdéac par acte du 17 septembre 1645 pour la somme de 11.000 livres. M. de la Bédoyère décéda le 5 novembre 1645.

 Jean du Houx.

Fils de Jean du Houx et de Françoise de Sécillon, il devient chevalier du roi et épouse Anne Huchet de la Bédoyère, fille de Gilles Huchet de la Bédoyère et de Louise Barrin ; par ce mariage, Anne Huchet de la Bédoyère devient dame de La Gacilly, lui étant seigneur. C’est alors que le château de La Gacilly prit le nom de Château du Houx ce qui prouve que les nouveaux propriétaires l’habitèrent sûrement pendant un certain temps. Ce château du Houx n’était évidemment pas l’ancien château fort détruit depuis deux siècles dont les ruines amoncelées formaient une butte de pierres et de terre couverte de ronces et d’épines, mais le petit château construit à une époque inconnue par un des seigneurs devant et au Nord de l’ancienne forteresse des Montauban et dont les minus et les aveux font mention jusqu’à la fin du XVII° siècle et même plus tard.

Au décès de Françoise de Sécillon, Jean du Houx père épousa en deuxièmes noces Jeanne de Forges de la Bouère. Jean du Houx fils présenta le minu de sa terre des Bouëxières au receveur de Ploërmel et lui fit aveu le 22 mai 1646 ; l’acte fut rédigé au château des Bouëxières et signé Jean du Houx, Bouillard, Daniel et Damours, notaires. Jean du Houx et son épouse, Anne Huchet de la Bédoyère, firent du château des Bouëxières leur demeure principale. En 1652, elle fut marraine à La Gacilly ; elle décéda sans doute en 1668 en donnant le jour à une fille Angélique. Inhumée à La Gacilly, cette cérémonie figure au registre des inhumations. Jean du Houx, quant à lui, mourut au Plessis de Saint-Dolay le 23 novembre 1672 après avoir épousé en secondes noces Sébastienne de la Tronchaye le 3 janvier de la même année. De son mariage avec Anne Huchet de la Bédoyère, Jean du Houx avait eu trois enfants :

Ø                   Gilles du Houx né le 7 juillet 1662 (qui suit).

Ø                   Marie-Anne du Houx nommée le 20 juillet 1666 par Gilles du Houx, son frère, et Marie-Anne Huchet de la Bédoyère, dame de Kerbiguet, femme de René de Servaude.

Ø                    Angélique du Houx

Gilles du Houx.

Fils de Jean du Houx et de Anne Huchet de la Bédoyère, il naît le 7 juillet 1662, reçoit le supplément de baptême dans l’église de Comblessac le 24 novembre 1670.

Il devient seigneur de La Gacilly à la mort de son père en 1672. Il épouse Marie-Louise de Wateville décédée en 1683. Auparavant, il avait eu des tracasseries avec le château des Bouëxières car l’un des créanciers de son père, François de Trogoff, sieur de Kerlo et y demeurant, paroisse de Locmaria, évêché de Tréguier, avait obtenu de la cour de Ploërmel une retenue de saisie sur la Bouëxière par jugement du 11 août 1677. En conséquence et en vertu de pouvoirs datés du 17 janvier 1678, maître Guillaume Le Brun, sergent royal de Ploërmel se rendit en février à la maison des Bouëxières pour faire sommation au sieur du Houx d’avoir à payer immédiatement les 6.000 livres qu’il devait ; mais l’huissier ne trouva qu’un domestique qui lui dit que son maître était à Paris et qu’il n’avait pas d’argent pour payer cette dette. Alors l’huissier laissa la sommation entre les mains du domestique et lui fit savoir qu’il avait à avertir son maître d’avoir à comparaître au siège de Ploërmel le 15 mars prochain. Ce jour-là la saisie fut de nouveau déclarée sur les terres des Bouëxières et de La Gacilly, « fors celui qui appartenait à Charles de Rosneven et à Marie Botherel de Quintin et à d’autres ».

Il épouse, en secondes noces, le 22 janvier 1692, dans la chapelle de Porcaro, Marie-Julienne de Porcaro, veuve de Joseph de Guiny, seigneur de Kerhos et fille unique et héritière d’Achille-Ferdinand de Porcaro et de Renée de Kerboudel. Grâce au retrait lignager, il peut racheter ses terres des Bouëxières et de La Gacilly par acte du 12 mars 1700 pour la somme de 44.000 livres ainsi d’ailleurs que celles de sa nièce c’est à dire les métairies du Plessis-Payen, de la Marche, de la Ville-Régent et un bois taillis. Gilles du Houx et son épouse habitèrent alors leur manoir des Bouëxières où il mourut le 24 avril 1707 ; il fut inhumé le lendemain dans l’église de Carentoir. Sa veuve rendit aveu au roi le 9 juin 1708 pour son fils René-Charles-Mathurin du Houx.

François de Montigny.

Il est seigneur de Beauregard, président à mortier au Parlement de Bretagne, c’est à dire magistrat de la cour de cassation, conseiller du roi, baron de Comper et Gaël et achète la seigneurie de La Gacilly par acte judiciaire de décembre 1687. A l’occasion de cette vente, le roi fit don de ses droits de lods et ventes au sieur Fleury, commis du marquis de Louvois. (Actes des 31 juin et 31 décembre 1687). François de Montigny décéda en mai 1692. Sa veuve, dame Yvonne de Quélen, rendit aveu au roi pour sa terre de La Gacilly, comme l’ayant reçue en douaire et comme tutrice de son fils Yves-Joseph de Montigny en 1693. Elle appartenait encore aux Montigny en 1705, comme le montre l’acte notarié suivant : « Vincent Métayer, demeurant au village de Moulin-Gestin, en la paroisse de Carentoir, près le baillage du Lieuvix, fief proche de notre cour de La Gacilly, connaît et confesse être homme et subjet de haute et puissante dame Françoise-Yvonne de Quélen, veuve de haut et puissant messire François de Montigny, chevalier, seigneur de La Gacilly et autres lieux, conseiller du roi en tous ses conseils, président à mortier au Parlement de Bretagne, dame et propriétaire des terres et baronnies de Gaël, Comper et La Gacilly. »

René-Charles-Mathurin du Houx.

Né le 10 février 1693, il est le fils de Gilles-François du Houx et de Marie-Julienne de Porcaro. Il semble qu’il ait récupéré la seigneurie de La Gacilly par retrait lignager auprès de François de Montigny ce qui est confirmé par une lettre de 1774 adressée à Mathurin Boucher par Yves de Montigny, lettre dans laquelle ce dernier exprime sa reconnaissance pour lui avoir fait parvenir une somme de 35.000 livres provenant de ses héritages à La Gacilly.

Lorsqu’il décède le 24 avril 1707, il possède la seigneurie de La Gacilly et la transmet à sa tante Anne-Madeleine du Houx, inhumée en l’église de Carentoir le 25 avril 1711, épouse de Georges-Robert de la Haye d’Andouillé, qui la transmet lui-même à ses enfants. Mais les créanciers firent saisir la terre de La Gacilly et, après des débats très longs, elle fut achetée judiciairement le 27 août 1710 par messire Yves-Marie de la Bourdonnaye, conseiller d’Etat, maître des requêtes, intendant d’Orléans et vicomte de Couëtion. Celui-ci en prit possession par actes du 18 octobre 1710 et du 13 avril 1711. Comme acquéreur de la terre et de la châtellenie de La Gacilly, M. de la Bourdonnaye fut mis en possession des droits honorifiques et de prééminence qui lui appartenaient dans l’église de Carentoir. Il fut troublé dans cette paroisse par l’ancien propriétaire de La Gacilly, le sieur de la Haye d’Andouillé qui vint jusque dans l’église de Carentoir défendre ses prétendus droits. L’affaire fut portée devant la cour de Paris qui, par sa sentence du 9 août 1712, débouta le sieur de la Haye-d’Andouillé de son opposition.

Le fief de la Basse-Bouëxière n’avait pas l’importance des fiefs de La Gacilly et de la Haute-Bouëxière ; c’était tout simplement un arrière-fief de celui de La Gacilly, un fief subalterne qui fut uni au fief dominant lors de l’érection du marquisat de la Bourdonnaye en 1717.

A la mort de René-Charles-Mathurin du Houx, d’autres créanciers se présentèrent pour demander la saisie de la terre de la Haute-Bouëxière. Ils se nommaient Achille-Ferdinand de Porcaro comme héritier de sa tante, Achille-Ferdinand du Guiny comme héritier de sa mère Anne-Marie de Porcaro, Charles Botherel, sieur de Bédée et président au Parlement de Rennes, le prêtre Georges Eboizart, recteur de Saint-Malo-de-Beignon, Guillaume Le Bartz au nom du roi, Jean de la Monneraye, sieur de Bourgneuf et Pierre de Lannion. A leur requête, la vente fut ordonnée par le tribunal de Ploërmel. Ferdinand de Porcaro mit une enchère de 1.000 livres sur le prix d’achat payé en 1700, ce qui faisait 45.000 livres. Cette enchère fut publiée dans toutes les paroisses environnantes au prône des grand-messes en 1712. Enfin les terres des Bouëxières furent adjugées par le tribunal le 12 novembre 1714 à Yves-Marie de la Bourdonnaye lequel en prit possession les 15,16, et 17 novembre de la même année. 

 Yves-Marie de la Bourdonnaye.

Conseiller d’Etat, maître des requêtes, intendant d’Orléans et vicomte de Couëtion, devenu propriétaire de La Gacilly, des Haute et Basse Bouëxières, Yves-Marie de la Bourdonnaye, chef du nom et d’armes, songe à réunir ses quatre terres sous un seul fief et à lui donner le titre de la Bourdonnaye. La seigneurie de Couëtion, une des plus anciennes terres de la famille de la Bourdonnaye fut érigée à la vicomté en avril 1650 par lettres patentes du roi, enregistrées à la Chambre des Comptes de Bretagne le 17 septembre 1656 avec tous droits de justice et de marché au bourg de Ruffiac. Elle comprenait les seigneuries annexes de Couëtion : la Salle, le Bézic, la Hunelaie, la Frolaie, les Bouëxières, La Gacilly, Montauban, la Chapelle à Quintin, la Guichardaye, Bodel, Saint-Laurent, Launay, la Houssaye, Ruffort, la Villéan, le Bois-Bic, la Marche avec leurs juridictions et dépendances. Par ces mêmes lettres, le roi reconnaissait, au sieur de Couëtion, le titre de vicomte avec le droit de haute, moyenne et basse justice avec juridiction s’exerçant le mardi au bourg de Ruffiac avec foires et marchés audit bourg, aussi bien que l’aveu de la vicomté au roi.

Pour parvenir à créer son marquisat, Yves-Marie de la Bourdonnaye fournit le 28 février 1706 une déclaration où il dit que « le roi Louis XIV par lettres patentes du mois d’avril 1650 avait érigé en vicomté la terre et seigneurie de Couëtion en faveur de Louis de la Bourdonnaye, conseiller au Parlement de Bretagne, en considération des services rendus par ses ancêtres tant dans la robe que dans l’épée ; que les terres de La Gacilly et des Bouëxières étaient contiguës à celles de Couëtion ; que ces deux terres étaient très considérables ; que La Gacilly avait été possédée par d’illustres familles et jouissait de droits féodaux très remarquables ; qu’il y avait, à la Basse-Bouëxière, un ancien château-fort entouré de douves sèches, quatre tours, deux ponts-levis, un parc fermé de murailles, grand bois, colombier, moulins à eau et à vent….etc. ; que ces trois terres réunies jouissaient d’un revenu considérable qui mettait le propriétaire en état de soutenir le titre et la dignité de marquis. En conséquence, il suppliait très humblement le roy de les unir dans un seul et même corps, sous le nom et titre de marquisat de la Bourdonnaye, avec condition que le chasteau des Bouëxières porterait à l’advenir le nom de la Bourdonnaye ».

Cette requête fut favorablement accueillie par le jeune roi Louis XV qui, par ses lettres patentes du mois de février 1717 données à Tours, signées de lui et du duc d’Orléans régent, scellées du grand sceau de cire verte sur liens de cire rouge et verte unit les trois seigneuries de Couëtion, La Gacilly et les Bouëxières sous le nom de marquisat de la Bourdonnaye. Le dit marquisat s’étendait alors à seize paroisses ou clochers.

Les lettres royales furent communiquées au procureur général du roi, pour ses conclusions, après arrêt du Parlement en date du 20 juillet 1717. Le lendemain, le Parlement en ordonna la lecture au prône des grand-messes dans toutes les paroisses où étaient situées les terres en question et aux marchés des villes voisines. Elles furent lues et publiées à Caro, Ruffiac, Missiriac, Réminiac, Augan, Guer, Sixt-sur-Aff, Saint-Laurent de Grée-Neuve, Saint-Congard, Saint-Martin-sur-Oust, Glénac, Tréal, Les Fougerêts, Carentoir, trois dimanches consécutifs, les 26 septembre, 3 et 10 octobre de la même année et au marché de la ville de Ploërmel, le 12 octobre. Il n’y eut de réclamation que de la part de messire Anne-Bretagne de Lannion, baron de Malestroit qui voulait ainsi sauvegarder les droits de sa baronnie à cause de ses fiefs compris dans le marquisat. Cette réclamation fut annoncée au marché de Ploërmel mais la cour passa outre et, sur nouvelle requête de Yves-Marie de la Bourdonnaye, elle ordonna, par arrêt du 16 décembre 1717, l’enregistrement des lettres royales. Les mêmes lettres furent enregistrées à la Cour des Comptes de Nantes le 7 janvier 1718.

Par ces lettres, il était permis à M. de la Bourdonnaye de prendre le titre de marquis, de le transmettre à ses enfants « pleinement, paisiblement, perpétuellement » et de jouir des prérogatives attachées à son titre. Il y était aussi spécifié « qu’à défaut d’hoirs masles en légitime mariage, ledit marquisat, par grâce spéciale, ne serait pas réuni au domaine royal ». Le marquis de la Bourdonnaye fixa le siège de sa haute, moyenne et basse justice au château de la Bourdonnaye, mais il garda, pour La Gacilly, le poteau de justice et les fourches patibulaires de la Grée Saint-Jean où le jugement s’exécutait lorsqu’il y allait de la vie du coupable ou seulement d’une peine infamante. Le sénéchal et les officiers seigneuriaux du marquisat résidèrent à La Gacilly d’où ils dataient leurs actes. C’est lui qui fit paver les rues de La Gacilly, construisit la prison et la maison près des halles qui servit « à serrer la dîme du seigneur ». C’est lui aussi qui fit faire d’importantes réparations au pont sur l’Aff. Il pensa même un moment à la réédification du château.

Yves-Marie de la Bourdonnaye mourut le 28 août 1726 et fut enterré dans la chapelle de Blossac. Il avait épousé Catherine de Ribeyre dont il eut un fils, Louis-François de la Bourdonnaye (qui suit en 39).

C’est alors que disparut le titre de seigneur de La Gacilly.

 Louis-François de la Bourdonnaye.

Fils de Yves-Marie de la Bourdonnaye et de Catherine de Ribeyre, il rendit aveu au roi le 18 août 1727 et mourut sans enfant le 13 juillet 1779. Il fut enterré dans la chapelle de la Haute-Bouëxière. Il est le dernier de la branche des de la Bourdonnaye-Couëtion qui, elle-même, était une branche cadette. Son éloge, avec ses titres, se trouve dans l’inscription qu’on lit sur la pierre tombale qui recouvre ses restes dans la chapelle de la Haute-Bouëxière. Il avait épousé Françoise Talon.

Après lui, la terre de la Bourdonnaye et celle de La Gacilly passèrent aux la Bourdonnaye-Blossac, les plus proches parents du défunt. En effet, ceux-ci descendaient de Jacques-Renaud de la Bourdonnaye, fils puîné de Louis de la Bourdonnaye et de Yvonne du Bouëxic, sieur et dame de Couëtion qui avaient acheté Blossac en 1671 à la famille Loaisel. Tous les biens du marquisat furent vendus par la nation le 6 décembre 1797, Charles-Esprit-Clair de la Bourdonnaye étant alors le marquis

LA CHÂTELLENIE.

La châtellenie est une classe de fief née du régime fiscal propre à la féodalité : c’était une circonscription intérieure du comté déterminée par le rayon d’action d’un château. De 1100 à 1400, tous les seigneurs de La Gacilly ne possédaient pas que ce domaine de La Gacilly. Ils en avaient souvent beaucoup d’autres plus importants par la superficie et/ou par la résidence. C’est la raison pour laquelle le château de La Gacilly ne fut presque jamais utilisé comme résidence principale par le seigneur.

Pour s’occuper du domaine et pour le remplacer, le seigneur nommait un châtelain qui devenait le gérant, le régisseur de tout le domaine, celui-ci prit alors, pour cette raison, le nom de châtellenie. A l’intérieur du château, le châtelain était aidé par un majordome ou intendant qui s’occupait des serviteurs et des pages de la maison. Le château de La Gacilly fut, dès le début, le centre d’une seigneurie importante et donc son châtelain avait des fonctions conséquentes comme de veiller à la garde et à l’entretien du château et du domaine (champs, prés, bois, landes, étangs, donc chasse et pêche) et percevoir les revenus mais aussi d’en acquitter les charges. Il y avait huit baillages sur le territoire de la châtellenie, c’est à dire huit points de perception des impôts :

Ø     l’enclos de La Gacilly

Ø     le Lieuvy

Ø     la Haute Bardaie et/ou Brozéas

Ø     la Chapelle-Gaceline

Ø     la métairie Soual ou métairie aux Joly en Carentoir près de la chapelle Saint-Marc et la Vallée.

Ø     la Guinebredaye.

Ø     la Greneterye.

Ø     la Vieille Forêt en Saint-Martin-sur-Oust.

Au fil des années, le domaine du château comporta neuf moulins

Ø       Moulins à Eau :

·        le moulin à blé « étant près l’hospital et aulmônerie sur la rivière d’Aff à deux vols de chappons du chasteau » ; en fait, il s’agit du premier moulin qui ait existé au Bout-du-Pont et qui fut remplacé, sans doute, par la suite, par la minoterie.

·        le moulin de la Bouère à la sortie de l’étang du même nom, sur la continuation du ruisseau des Brelles « o son étang, ressoul, chaussée et retenue d’eau » à l’Ouest du château, la chaussée était en fait le chemin de La Gacilly à Carentoir.

·        le moulin à « fouller draps » ou moulin à foulon « avec son logis situé sur la ditte rivière d’Aff, avec ses distroitz », au-dessous de celui à blé « au bout de la dite chaussée, du côté devers le bieff dudit lieu de La Gacilly ».

·        le moulin de Duré près du village de la Boussardaie sur la Chapelle-Gaceline.

·        La moitié du moulin de Mauquepaye, sur le Rahun ; l’autre moitié appartenant au sieur du Bois-By près de la Danais ; ce moulin disparut avant 1465.

Ø       Moulins à Vent :

·        le moulin de l’Epine à la Chapelle-Gaceline, juste derrière le calvaire.

·        le moulin de Mauvoisin près du Tertre aux Ricaud (ancien nom du Tertre de Haut en Carentoir).

·        le moulin de Bellengeart en Saint-Martin-sur-Oust.

·        le moulin de la Vieille-Forêt en Ruffiac.

     Dans la gestion du châtelain, il y avait également :

v     trois fours à ban où les vassaux tenanciers devaient faire cuire leur pain :

·              deux dans la ville de La Gacilly « sous une seule couverture, avec logis, contenant le tout 36 pieds. »

·              un dans le bourg de Carentoir proche la maison de la Vallière et de l’église, sur le chemin qui allait de l’église au pont de l’Hôtellerie.

v     et encore une halle ou « cohue sittuée au milieu de la dite ville où il y a marché tous les samedis et outre cinq foires par chacun an, sçavoir : quatre en la dite ville de La Gacilly les jours de Saint Sylvestre, le sabmedy de la my-caresme, jour de Saint Barthélémy et Saint Martin d’hyvert et l’autre est une assemblée à la trève de la Chapelle-Gasseline, au jour de Saint Pierre et Saint Paul ; avec les droitz de coutume aux dites foires et marchés sur toutes et chacune des marchandises, et devoir de trépas (droit de passage) dans l’étendue de la dite terre ». Tout proche de la halle, il y avait, dit-on, le portrait de le Gacilly et de sa femme. Bizarre, bizarre ?

v     et aussi « le logis de la prison situé en la dite ville, contenant trente cinq pieds de long avec les issues et déports » (aveu de 1639); la garde des prisonniers appartenait, le jour, aux habitants de la ville et, la nuit, aux autres vassaux (aveu de 1465).

Les autres dépendances terriennes, d’une étendue de près de 800 hommées, consistaient en prés, bois taillis, bois de haute futaie, landes et vignes. La forêt de La Gacilly, d’une contenance de 350 journaux, comprenait le terrain situé entre la Forêt-Neuve et l’étang de la Bouëxière (la Bouère), d’une part, La Gacilly et la rivière d’Aff de l’autre (aveu de 1465). Enfin il ne faut pas oublier que l’Hôpital était une annexe fondée par un seigneur de La Gacilly.

 DEVELOPPEMENT DE LA GACILLY.

 

Autorisation Papale de Construction d’un Pont et d’un Hospice.

L’examen de l’arbre généalogique des Montfort et Montauban montre que Raoul II de Montfort eut deux fils : Guillaume et Olivier. Ce dernier eut comme descendance : Philippe de Montauban, Alain de Montauban, Olivier II de Montauban et enfin Olivier III de Montauban. Pour sa part, Guillaume II de Montfort, eut pour descendance Eudon de Montfort et Raoul V de Montfort. Ce dernier épousa Julienne de Tournemine, celle-ci était donc la grand-tante de Olivier III de Montauban quand celui-ci l’épousa secrètement vers 1300/1301. Peu à peu cette union devint plus ou moins publique et fut avalisée par une sentence du pape Jean XXII ; elle fut lue dans les églises de Montfort, Montauban et Guer mais pas à La Gacilly, aucune chapelle n’y existait alors. Le prédécesseur de Jean XXII, Clément V avait installé la papauté à Avignon en 1305. C’est pourquoi, lorsque la dispense d’empêchement de consanguinité aux 3° et 4° degrés fut demandée en 1320 au Saint-Siège, la réponse papale porte la mention « Datum Avenione » suivie de la date.

Cette même mention figure aussi sur l’autorisation papale accordée à Olivier III de Montauban et Julienne de Tournemine de construire un pont, un hôpital et une chapelle au Bout-du-Pont à La Gacilly. Cette bulle du 3 juillet 1317 fut d’ailleurs accordée par le pape sans que celui-ci sache que l’union des demandeurs était alors nulle. Il est permis de penser qu’Olivier III, sachant avoir besoin de l’aval du pape pour officialiser son mariage avec Julienne de Tournemine, ait commencé par faire un bel acte de charité (ce dont La Gacilly ne fut pas fâchée) pour se faire connaître du côté d’Avignon et obtenir ainsi plus facilement la dispense d’empêchement de consanguinité.

Le Saint-Siège alla même au-delà des espérances d’Olivier III puisqu’il octroya, dans une autre bulle datée du 6 juillet 1317, trente jours d’indulgence à ceux qui visiteront la chapelle projetée lors des fêtes de l’Exaltation de la Sainte Croix (14 septembre), du Vendredi Saint et de l’Invention de la Sainte Croix (3 mai).

Il est à remarquer que ces trois jours honorent la Croix du Sauveur. On peut penser que la chapelle possédait une relique insigne de la Vraie Croix. La chose n’a rien d’étonnant. Ces Montauban, seigneurs de La Gacilly, avaient pris part aux croisades et ils avaient vaillamment guerroyé en Palestine pour la cause du Christ. Ayant gagné dans cette lutte contre l’infidèle plus d’honneur que d’argent, ils étaient revenus au pays rapportant avec eux leur foi et les reliques des saints des premiers siècles conservés en Orient. Après leur retour, ils déposaient ces précieux trophées dans les chapelles seigneuriales ou bâtissaient de nouveaux temples pour leur servir de reliquaires. Ce sont ces sentiments pieux des croisés qui nous expliquent qu’à part Saint Jugon et Saint Vincent-Ferrier (qui devait venir un peu plus tard) tous les saints honorés à La Gacilly au temps des Montauban sont des saints d’Orient : Saint Nicolas, Saint Cyr, Sainte Julitte, Saint Barthélémy.

Il faut faire remarquer enfin que mis à part la citation dans le Cartulaire de Redon de « l’hospitalis de la Gatcyly » - ces bulles sont les deux premiers documents écrits connus qui fassent mention de « la ville de Lagacille ».

 Le Pont Saint-Jean.

Bien avant 1317, il y eut un premier pont en bois, sans doute romain, pour réunir les deux rives de l’Aff. Au début du siècle dernier, de vieux poteaux en bois, (l’abbé Chérel parle même de pointes de pieux de chêne.) genre pilotis, apparurent suite aux affouillements profonds produits dans le vieux lit de la rivière par la chute d’eau provoquée par la construction de la digue. Même des poutrelles avaient été mises à jour. Or ces pilotis ne coïncidaient pas avec les arches des ponts construits depuis, ce qui montre bien l’existence d’un pont plus ancien. A ce sujet, l’abbé Chérel écrit : « Le gué naturel de peu de profondeur se prêtait admirablement à l’établissement d’un pont. Ce qui semble confirmer cette hypothèse, c’est l’existence d’un chemin pavé dans le genre des voies romaines se dirigeant vers ce point et dont on retrouve des parties encore bien conservées au Grand Héréal en Cournon et au-dessus de la Bergerie en La Gacilly. »

L’existence d’une route très ancienne venant de Renac et se dirigeant vers Ploërmel/Malestroit tend à prouver l’existence à La Gacilly d’un passage important qui nécessitait la présence d’un gué praticable, voire d’un pont. De plus, il était tout naturel, d’avoir choisi, pour ce passage, le point où la rivière réussissait avec peine à se creuser un lit étroit et peu profond dans les masses de schistes durs appuyés sur une couche épaisse et compacte de grès qui lui barraient la route à la sortie du vaste étang, devenu avec le temps marécage, qu’elle formait entre la Chapelle-Gaceline, Sixt-sur-Aff et La Gacilly. C’était à peu prés le seul endroit guéable du cours de la rivière entre Comblessac et Glénac. Pourquoi ce pont n’existait-il plus vers 1310-1317 ? Il semblerait qu’il fut détruit vers 1300 mais pour quelles raisons ? D’autant plus que le moulin seigneurial existait déjà, juste au Bout-du-Pont, côté Est. Plusieurs réponses sont plausibles. D’abord l’usure normale au fil des ans, d’autant plus que le courant très irrégulier de l’Aff qui, drainant une grande partie des eaux de la forêt de Paimpont, se transforme souvent en torrent. Une élévation et une force anormales des eaux ont-elles eu raison du tablier de ce pont de bois ? Autre réponse possible : la destruction décidée et entreprise par les Gaciliens eux-mêmes pour se mettre à l’abri des incursions des Normands qui- au IX° siècle- ravagèrent, ruinèrent et brûlèrent tout le pays au-delà de l’Aff et de l’Oust, à moins que cette décision ne fut prise qu’au X° ou XI° siècle suite aux attaques des Francs contre les Bretons. Cette destruction fut peut-être également initiée par le seigneur de Montfort (Raoul ou Olivier) lorsqu’au XII° siècle il fut décidé de construire la forteresse féodale sur la pointe rocheuse qui domine la rivière afin de prévenir les surprises et les attaques de voisins gênants du côté de l’Est.

Lorsque le pont fut détruit, le passage de la rivière devint très délicat car le chemin descendant la pente abrupte de la Grée Saint-Jean était encaissé, beaucoup plus bas que le pont, de la largeur d’une voie de charrette seulement et continuellement baigné par les eaux du cas Saint-Jean qui y coulaient en telle abondance que les piétons étaient obligés en hiver de suivre un petit sentier sur le bord de la lande. Ce chemin venait aboutir directement à la rivière, peu profonde il est vrai à cet endroit, mais dont le fond formé de vastes dalles schisteuses glissantes et inégales rendait le passage à gué difficile et dangereux. La sortie, sur la rive droite, était aussi pénible que le passage lui-même car il fallait, sur les mêmes pierres glissantes grimper la pente raide qui – par la rue La Fayette actuelle – se dirigeait vers l’entrée du château ou bien le sentier encore plus à pic qui, escaladant les pentes de la colline de Graslia, se raccordait au chemin vers Bel-Orient et Glénac. De plus, comme il l’a été écrit ci-dessus, le courant de la rivière était à certains moments très fort. Tout cela contribuait à rendre difficile la communication entre les deux rives. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que les voyageurs, empruntant ce passage délicat, pouvaient hésiter à le franchir et qu’il devait y avoir assez souvent perte d’hommes et de biens. Si le franchissement de la rivière s’effectuait au moyen d’un gué, il semble bien qu’un bac fut mis à la disposition des voyageurs pour traverser l’Aff à cet endroit surtout lorsque la montée des eaux rendait impossible la traversée du gué. Dans son livre sur La Gacilly, Ducrest de Villeneuve dit, au sujet de Paul Lasalle, son personnage principal, qu’il était l’un des descendants du propriétaire du bac. Ce dernier avait obtenu la permission du seigneur d’installer ce bac et le droit de passer les clients éventuels contre la perception d’une taxe (un denier par personne transportée) au profit de l’Hôpital Saint-Jean. Lorsque le pont fut construit, le bac n’eut plus sa raison d’être ; aussi l’Hôpital Saint-Jean logea et nourrit le passeur ainsi que sa famille. Il en résulta cependant un manque à gagner pour l’Hôpital et l’aumônier de l’époque réclama au seigneur une compensation.

Pour toutes ces raisons, le seigneur de La Gacilly, Olivier III de Montauban, se devait d’offrir à ses vassaux les commodités d’un pont solide et franchissable même en saison de fortes eaux. Olivier de Montauban choisit de le construire au seul endroit guéable du cours de la rivière et aussi et peut-être avait-il eu connaissance de la présence de l’ancien pont à cet endroit. La date de construction de ce pont n’a pas été déterminée avec précision, certains avancent la date de 1318 pour le commencement des travaux et 1320 pour l’achèvement du pont, dates plausibles puisque la bulle papale d’autorisation de construction de l’édifice date de 1317 et Olivier III décèdera en 1336, il est logique de penser que la construction ait eu lieu entre ces deux dates, d’autant plus qu’en 1345, d’après un vieux titre latin et après procès, une indemnité de 325 livres fut accordée à l’aumônerie par le seigneur de Montauban pour la suppression du bac du gué Saint-Jean que « rendait inutile la construction du pont ». Celui-ci franchissait l’Aff par cinq arches de pierre solidement établies sur le fond rocheux de la rivière. Il coupait obliquement le lit du cours d’eau, se dirigeant de la pointe Sud de la cour du moulin (Végétarium actuel) vers l’extrémité Nord du terre-plein de l’ancienne gendarmerie (Office de Tourisme actuel ), réunissant directement l’hôpital Saint-Jean à la rue La Fayette qui était alors l’unique entrée de La Gacilly du côté de la rivière

Les arches étaient un peu inégales en hauteur et vraisemblablement en largeur. Il devait y avoir une arche principale plus haute et plus large que les deux arches secondaires qui l’encadraient. Le tablier, encadré de parapets en maçonnerie, s’élevait en pente douce d’Est en Ouest. Les piles étaient appuyées en amont et en aval par des contreforts triangulaires dont le sommet en glacis incliné atteignait la base des parapets. Ce tablier était plus bas que celui du pont actuel, presque un mètre en dessous du côté du moulin. C’est ce qui explique qu’au moment des crues, l’eau arrivait à couvrir le tablier du pont de ce côté et même quelquefois toute la chaussée à une hauteur assez importante pour rendre le passage impossible ou tout au moins très dangereux. Ce qui explique les accidents survenus au cours des années postérieures. Ainsi, le 4 janvier 1662, « Olivier Harel, habitué dans cette ville depuis trois ou quatre ans, étant de la ville de Dinan, passant par sur les ponts de La Gacilly, les eaux étant fort hautes, fut submergé et tomba dessous l’arche proche le moulin. Il fut inhumé le lendemain sous le chapiteau. » En 1679, maître Julien Le Roy, chirurgien de la ville de La Gacilly, se noya par accident en la rivière de La Gacilly, proche le héri (sol de terre battue devant le moulin). En 1845, un saunier de Guérande et son « mule » furent emportés par le courant et repêchés à grande peine, l’homme au chantier Desbois et la monture à la prairie de Bel-Orient (station d’épuration actuelle )

Vers 1710, l’arche principale du milieu fut emportée au moment d’une grande crue. Yves Marie de la Bourdonnaye, vicomte de Couëtion et conseiller d’Etat, qui venait d’acheter la terre de La Gacilly aux enfants de Georges Robert de la Haye d’Andouillé et de sa femme Anne Madeleine du Houx, la fit reconstruire, en 1719, à ses frais avec arêtes en pierres de taille ce qui la distinguait des autres. Le marquis, en même temps, fit faire des travaux sur la route de Carentoir par la Bouère, pour l’améliorer ; le passage devant l’étang et le moulin prit le nom de la Chaussée.

 Pendant la Révolution (peut-être l’Empire), une arche du côté du moulin fut à son tour emportée par les eaux. Cette fois, on se contenta d’établir un tablier de bois sur le trou béant. Ce fut du provisoire qui dura jusqu’en 1868, année où l’administration des Ponts et Chaussées démolit le vieux souvenir du XIV° siècle pour construire le nouveau pont que nous connaissons. En 1869, J. Desmars, en parlant du vieux pont, écrit : « gothique casse-cou qui faisait pâmer d’aise les antiquaires et trembler de peur les charretiers »

    VIE SEIGNEURIALE.

Alain Barbe-Torte, après avoir chassé les Normands et nettoyé le sol breton, rétablit le duché de Bretagne. Les grands comtés se relevèrent aussi : Rennes, Nantes, Broerech ou comté de Vannes, la Cornouaille, le Poher, le Léon, le Poutrécoët qui devint alors le Porhoët et l’ancienne Domnonée avec le Trégor et le Penthièvre.

Par contre, ce qui ne se releva pas, c’est l’institution du plou et du machtiernat ; la paroisse prit la place dans les limites de l’ancien plou la plupart du temps. Le plou était basé sur le principe de la tribu patronnée par le chef machtiern. Avec la paroisse, le principe de la tribu disparaissant, il fallut reconstituer un patronage, ce fut la recommandation : convention privée et libre à son origine par laquelle un homme se sentant faible au milieu d’une société troublée se mettait avec ses biens sous la protection et la dépendance d’un plus puissant, ou bien acceptait cette dépendance comme condition mise à la jouissance de certains biens et de certains avantages qui lui étaient concédés. Ces biens ou avantages prirent le nom de bénéfices. La concession- et le lien qui en naissait – d’abord viagers, devinrent très vite héréditaires. La concession faite en terres s’appela un fief. Celui qui la faisait devint le seigneur ou suzerain du concessionnaire, celui-ci devenant l’homme ou vassal du concédant ; le lien existant entre eux se nomma le vasselage et le vassal n’eut plus de devoirs qu’envers son seigneur. C’est le principe de la féodalité d’autant plus qu’en Bretagne « qui a le fief a la justice ».

La Seigneurie.

Si les seigneuries notables furent très peu nombreuses en Bretagne (une dizaine environ), par contre, les seigneuries de moyenne et petite importance deviennent très nombreuses aux XII° et XIII° siècles (350 dans le Vannetais) et il y eut une prolifération des familles nobles. Beaucoup n’ont aucun droit de justice sur leurs fiefs et ne sont que des « sieurs », vivant, dans une certaine gêne, essentiellement du revenu de leur domaine direct, c’est à dire une grosse ferme d’une vingtaine d’hectares, aspirant de plus en plus à des emplois salariés d’officiers ducaux ou seigneuriaux. L’explication de cette prolifération nobiliaire semble devoir être recherchée dans l’introduction tardive du droit d’aînesse en Bretagne : il garantissait seul la conservation de l’intégralité du patrimoine ancestral entre les mains du fils aîné – les cadets et les filles se trouvant dotés sur des terres marginales – au contraire de la coutume bretonne qui prévoyait le partage égal entre tous les héritiers mâles à chaque génération. Introduire le droit d’aînesse, tel est pourtant le but de l’Assise au Comte Geoffroy (1185) mais elle ne s’applique qu’aux seuls barons et détenteurs de fiefs de chevaliers (c’est à dire ceux qui doivent le service militaire dans l’ost ducal avec, à leurs côtés, un autre chevalier), et encore seulement s’ils en tombent d’accord. Un siècle plus tard, des fragments du Livre des Ostz de Jean II (1294) démontrent que l’évolution antérieure n’est pas stoppée, que les structures seigneuriales continuent à se dissoudre entre de multiples branches adventices. Des libéralités trop grandes en faveur de l’église peuvent aussi expliquer l’appauvrissement foncier d’une partie du monde nobiliaire. La plupart du temps, le seigneur possède son domaine, son fief et ses arrières fiefs, le tout composant la seigneurie.

 Le Domaine.

Appelé aussi « retenue », c’est la partie la plus proche de la demeure du seigneur ; elle est composée des terres et propriétés dont le seigneur a la jouissance personnelle, totale et exclusive. C’est une exploitation en faire-valoir direct par le seigneur et ses valets. Le domaine seigneurial de La Gacilly comportait le château avec sa basse-cour, un jardin et le terrain entre l’étang de la Bouère et la rivière.

 Les Fiefs.

            - Généralités.

Ce sont les terres et propriétés dépendant d’une seigneurie dont les possesseurs, des fermiers appelés tenanciers, reconnaissaient la suzeraineté du seigneur supérieur. En fait, il s’agit d’une concession octroyée par le suzerain appelée « féage » ou « afféage » chargée de redevances parfois onéreuses et bien réelles, la dîme par exemple. Les possesseurs de fiefs étaient astreints aux devoirs féodaux envers le seigneur suzerain dans toute la seigneurie et, en particulier, ils devaient faire des corvées, c’est à dire rendre des services pour l’exploitation du domaine direct. L’aveu était une reconnaissance par écrit des choses qu’on possédait sous des fiefs. C’était l’acte qu’un nouveau vassal était obligé de donner à son seigneur et par lequel il reconnaissait tenir de lui tel ou tel héritage et être, pour ce motif, son sujet et son homme. Au décès du vassal, le nouvel héritier devait énumérer d’une façon détaillée les terres et droits qu’il tenait de son seigneur et pour lesquels il devait faire un aveu spécial appelé le minu ou dénombrement ou montrée. Il devait être rapporté par notaires pendant l’année à compter du jour de la possession nouvelle des fiefs pour ceux qui en étaient pourvus et dans le délai de six mois pour les terres, héritages ou rentes foncières sans fief. Au point de vue militaire, il existait ce que l’on a appelé la monstre ou montre ; c’était le nom de l’assemblée où les seigneurs bretons comparaissaient avec les hommes, les chevaux et l’équipement militaire qu’ils devaient fournir au duc en temps de guerre ; ils se présentaient armés et équipés devant les commissaires du duc qui inscrivaient sur des registres spéciaux la présentation des vassaux convoqués. Les termes employés dans ces descriptions étaient très spécifiques ; en voici quelques exemples :

·        brigandine : armure en forme de corselet pour homme ou pour cheval.

·        coustilleur : sorte d’épée.

·        dague : épée très courte.

·        gantelet : gant couvert de lames de fer.

·        gorgerette : collerette qui couvre la gorge.

·        javeline : lance,

·         jusarmier,

·        paltoc : paletot en forme de cuirasse. 

·        salade : casque de cavalerie.

·        trousse : carquois.

·        Voulge.

Le Fief de la Châtellenie de La Gacilly.

Il relevait directement de la couronne ducale puis royale. En conséquence, le nouveau seigneur de La Gacilly devait présenter le minu de sa terre entre les mains du receveur royal et ducal de Ploërmel, siège d’une sénéchaussée dont dépendait la paroisse de Carentoir, toutes les fois qu’elle venait à vaquer et avant d’en prendre possession. Il devait à la couronne foi, hommage, rachat et chambellenage. Ainsi, dans un aveu de 1639, il est écrit : « A cause de tout quoy le dit seigneur de La Gacilly est cognaissant et confessant, cognoist et confesse entre homme, sujet et vassal du dit seigneur roy, à cause de sa terre et barre royale de Ploërmel, et aultre devoir, et qu’il luy est deub foy, hommage et rachapt et devoir de chambellenage, lorsque le cas y advient, et oultre luy obéir et faire obéissance comme vassal noble doibt à son seigneur en pareil cas. » En retour, le seigneur de La Gacilly avait droit de se présenter à la barre de Ploërmel, le second jour des plaids généraux de cette juridiction, et de s’y faire juger ainsi que ses vassaux. L’aveu du 27 janvier 1465 le dit formellement : « Par cause de laquelle terre et seigneurie les seigneurs et dame d’icelle leur appartient de se délivrer à la court et barre du dit lieu de Ploërmel eux et leurs subjez d’icelle, le segond jour d’iceulx plez. »

Le fief seigneurial de La Gacilly était très étendu et comptait de nombreux arrières-fiefs. D’après l’aveu du 27 janvier 1465, il s’étendait sur six paroisses : Carentoir, Cournon, Glénac, Les Fougerêts, Saint-Martin-sur-Oust et Ruffiac ; d’après l’aveu du 13 septembre 1639, il s’étendait à neuf paroisses, aux six précitées, il faut ajouter les paroisses de Tréal, Sixt-sur-Aff et Saint-Séglin. Voici la liste des maisons et terres nobles vassales de la seigneurie de La Gacilly :

Ø                   En la paroisse de Carentoir :   
Bois-Brassu, Bois-By, Bois-Guillaume, Bois-Peschart, Boschet, Bouère, Basse-Bouëxière, Bouëxière-Launay, Boutinaye, Brambé, Cateneuf, Chohannière, Clazeul, Couëtus, Danaye, Gélinaye (fiefs), Gourgandaye, Gouro (moulin), Grée-Horlay, Grée-Michel (métairie), Guichardaye, Herblinaye, Herviais, Lanouan, Launay (maison et fiefs), Maupas, Meule, Mousserie, Peccaduc, Quelneuc, Roche Gestin, Tay, Touche-Peschart, Trélo, Vallière (maison au bourg), Ville-Buhan, Ville-Chapet, Ville-Louet, Ville-Nave, Ville-Orion, Ville-Quéno.

Ø                   En Cournon :  
        Brossay (métairie), Cour de Cournon, L’Estun (métairie), Gourdelaye (fiefs), Tertre, Ville-Janvier.

Ø                   En Glénac :     
Gaudinaye, Sauldraye (pré en Prénaval ), Sourdéac (pour fiefs en Carentoir).

Ø                   En Les Fougerêts :      
Grignonnais (fiefs en Carentoir ), Jouardaye, Ville-Caro, Ville-Chauve.      

Ø                   En Saint-Martin-sur-Oust :                 
Castellan, Pélissonnaie, Touche-Ronde, Trélan.

Ø                   En Ruffiac :     
Balangart, Boullardaye, Couëtion, Crossaye, Chapelle à Quintin (fief de la Chapelle-sous-Ploërmel) qui avait deux sièges de juridiction, l’un à Sérent, l’autre au quartier de Quintin à Malestroit, Gaincru, Greffains, la Houssaye (pour fiefs en Saint-Martin-sur-Oust et Les Fougerêts ), Hunelaye, Portail, Porte-Trieux, Prat, Rangerard (maison et fiefs), Ruffort, Saint-Donat, la Salle (fiefs et moulin), Tiollais et Ville-Robert. 

Ø                    En Tréal :       
la Guichardaye (fiefs en Ruffiac), Lorgeraye (fiefs en Carentoir), Plessis, la Ruë.

Ø                   En Sixt-sur-Aff :         
Bray, Perrière, Cour de Sixt-sur-Aff, Ville-Juhel et Kercabon.

Ø                   En Saint-Séglin : divers fiefs possédés par le sieur de Lipéran en Mohon et celui de Bois-Hulin ; autres fiefs possédés par les sieurs de Beauregard en Augan, de la Couppuaye en Comblessac ; de la Garoulaye ; du Couédic et de la Morlaye en Missiriac, auxquels il faut ajouter Coesbo en Guer à cause d’un fief en Carentoir appartenant, en 1455, à Jean du Bois-Brassu ; en 1528, à Jean Gallery qui le vendit en 1558 à Jean du Bois-Brassu, retiré sur lui, en 1562, par Jeanne Gallery ; en 1649, à Lucrèce de Quincampoix, veuve du sieur de Pontménard, mort sieur de Coësbo ; en outre, le fief de Trébulan, en Carentoir.

Vassaux Roturiers en 1401

Ø                   Au village de La Gacilly :        
Perrot Le Clerc, Jouhan Rebuffé, Guillaume Le Mestre, Olivier Bouteavant ou Boutevant, Perrot Cornard, Jouhan Fillastre, Petit Perret, Eon Brignac, Guillaume Morio, Guillaume Boquené…

Ø                   Au village du Lieuvix : 
Eon et Johannet Saloux, Jouhannet Pérault, Jean Glin, Olivier Mahé, Méhaut, degrepie (veuve) de Dano Molinier, Guillaume Chevalier, Perrot Hays, Pierre Solène (Soulaine), Berthier Gicquel…

Ø                   Au village de La Chapelle-Gaceline:    
Dano et Bréhier Gicquel, Jean Durant, Guillaume Le Déen, Guillaume Allot, Jouhan de Aller, Guillaume Raoul.

Ø                   En la paroisse des Fougerêts :
Perrot Le Moine, Jouhanne la dégrepie de Johan de la Harlaye, Amice Jollivet, Dano Meteier,

Ø                   Au village de la Haute-Bardaye          
Raoul Lévesque, Perrot de la Noë, Perrot Fyllastre, Raoul Hues, Perrot Priour, Guillaume Pannetier…

Ø                   Au village de la Métairie- Soual :        
Eon Jolis, Raoul Guibour, Guillo Monterin, Guillo Fichet, Guillo Grimaut, Guillo Mahé,

Ø                   Au village de la Roirie (Loirie) : Alain Le Rouer, Eon Séro.

Ø                   Au village de la Vieille-Forêt en Saint-Martin-sur-Oust : Raoul Le Roy, Perrot Cado

Ø                   En la ville de Karanthoer : Joubert Prioul.

On cite aussi le seigneur du Boschet et Renaud Galivier, notaire à Carentoir ; Guillaume Bouillart qui tenait le four à ban et payait 110 sols par an ; Perrot de Guygnen qui tenait les moulins de La Gacilly, de la Bouère, de Duré, de Mauvoisin et payait pour sa ferme 65 mines de seigle et 5 de froment (mesure de Karantoir ), chaque mine de seigle valant 10 sous et chaque mine de froment, 20 sous. Tenues roturières en 1401 Danichart, Fréour, ès-Esnez, du Lieuvix, Baies, Jouhan Labbé, Salloux, Texier, Guibour, Dano Dupont, Guéhenneuc, de la Méteyrie, Symon du Vallet, Jouhan de Aller, Gestin, du Halley, Marabin, de la Chapelle, Guillo Robert, de la Ville-Hervouet, du moulin Gestin, Collin, Jollivet, de l’Ermitesse, Pierre Aron, ès Hervez, de Muillevan, de la Granville, de Kercabon, de Lézernet, des Hays, de Bias de Karantouer, de Beaumont, de Port-Corbin…

Les Arrières-Fiefs.

Appelés aussi « mouvances », ils dépendaient du seigneur suzerain. Ils étaient aliénés entre les mains de vassaux nobles moyennant l’obligation perpétuelle de certains services réputés nobles : prestation de serment, de foi et hommage au seigneur supérieur, assistance à sa cour, service de l’ost, c’est à dire le service militaire, aides féodales (prestations pécuniaires). Le vassal pouvait céder lui-même à d’autres vassaux certaines parties de l’arrière-fief. Le cœur de la mouvance était soit un château (pas très souvent), soit un manoir ou un hébergement qui était à la fois un centre d’exploitation agricole et le lieu de résidence pour le noble. Quand il a des droits de justice, le noble maintient souvent son tribunal sur l’emplacement de la motte castrale héritée de ses ancêtres, s’il n’y réside plus en permanence : le lieu lui semble fonder ses droits et lui rappelle peut-être la grandeur passée de son nom.

 Droits Seigneuriaux.

Tous les vassaux nobles comme non nobles (les roturiers) avaient des devoirs envers le seigneur suzerain. Ils pouvaient être naturels ou occasionnels

 Droits Naturels.

Ø                   Foy et Hommage: serment de fidélité prêté par le vassal et soumission en justice ; service des armes pour les vassaux nobles .

Ø                   Aveu : le vassal reconnaît tenir le fief de son seigneur. Lorsque les fiefs devinrent héréditaires, les seigneurs exigèrent que l’aveu fut suivi d’un dénombrement détaillé du fief en question.

Ø                   Rachapt : en fait un droit de mutation.

Ø                   Corvées : pour les vassaux roturiers, il s’agissait d’un prêt de leur corps pour le charroi ou travail de bêtes douze fois par an.

Ø                   Guet : devoir dû par tous les vassaux. Il consistait à placer un factionnaire à la porte du château nuit et jour. A La Gacilly, une particularité : ce droit n’était dû que le jour. Il fut remplacé au XVIII° siècle par une redevance.

 Droits Occasionnels (ou accidentels).

Ils variaient suivant les seigneuries

Ø                   Coutume : droit d’entrée et d’étalage de toutes les marchandises qui étaient susceptibles d’être vendues aux foires, aux marchés et certaines manifestations comme les pèlerinages ou assemblées. Chaque seigneur établissait un barème. Pour le seigneur de Montauban, ce droit était d’un denier pour l’entrée d’un cheval sur la foire. Le barème changeait suivant qu’il s’agissait d’une foire, d’un marché ou d’une assemblée

Ø                   Bouteillage : droit qui est devenu l’acquit beaucoup plus tard pour le transport des alcools et notamment du vin. Il était d’un grand revenu en 1164.(Rennes, Fougères, Montfort et Vannes.)

Ø                   Etanche : droit accorder aux cabaretiers de débiter du vin et du cidre. C’est un peu la licence actuelle.

Ø                   Trépas : droit perçu pour le passage d’une rivière.

Ø                   Soule : le dernier épousé de l’année des paroisses environnantes doit payer 60 sols d’amende s’il ne présente pas une soule le matin de la fête.

Ø                   Quintaine : amende de 60 sols et 12 deniers pour les jeunes mariés de l’année n’ayant pas réussi à briser la gaule.

Ø                   Bouhourd : amende de 60 sols et 12 deniers pour les jeunes mariés de l’année qui perdaient le combat.

Ø                   Saut dans l’eau : réservé aux vassaux qui avaient des dettes envers le seigneur et qui, s’ils ne sautaient pas dans la rivière le lundi de Pâques, devaient payer une amende de 60 sols.

Ø                   Transit : droit de passage sur la paroisse pour certaines marchandises.

Ø                   Police,

Ø                   Menée : le vassal noble doit suivre son seigneur à la guerre et tous les vassaux se doivent d’assister à un jugement sinon amende.

Ø                   Epaves.

Ø                   Gallois.

Ø                   Droits liés à la construction de chapelles latérales dans l’église paroissiale ou à la constitution de chapellenies avec enfeu, banc, ceinture et lisière.

Le seigneur de Montauban jouissait de tous ces droits dans la seigneurie de La Gacilly sauf celui de saut dans l’eau, semble-t-il.

 

 Justice Seigneuriale.

L’administration de la justice et de toutes les affaires publiques appartenait au Parlement général des Etats de Bretagne qui tenait ses séances annuelles successivement dans les différentes villes de la Province. En 1485, le duc François II créa un parlement sédentaire à Vannes chargé spécialement de rendre la justice ; il fut transféré à Rennes en 1553. L’année précédente, avaient été établis, en Bretagne, les quatre sièges présidiaux de Rennes, Vannes, Nantes et Quimper. Ces cours de justice tenaient un rang intermédiaire entre le parlement et les anciennes sénéchaussées royales. La sénéchaussée de Ploërmel s’étendait sur un nombre considérable de paroisses dont Carentoir et donc La Gacilly ainsi que Redon alors que Bains-sur-Oust était rattaché à la sénéchaussée de Rennes. Les sénéchaussées étaient divisées en un certain nombre de prévôtés ou baillages. Les sénéchaussées avaient dans leur ressort toutes les cours seigneuriales ayant droit de haute, moyenne et basse justice.

  Basse-Justice.

La basse-justice jugeait les petites contestations de la vie quotidienne n’entraînant une amende que de quelques sols, en particulier les chicaneries entre voisins et surtout les aveux des vassaux. Tous les seigneurs même vassaux avaient cette juridiction et ils pouvaient posséder une prison par mesure de police ou de sécurité. Ils étaient obligés d’avoir un greffe où l’on consignait par écrit les jugements prononcés.

  Moyenne-Justice.

Extension de la basse-justice, elle se prononçait sur les causes féodales (pourvoyance, tutelles, droit de bannie, droit d’approprier) et également sur les fraudes de monnaies, de poids et de mesures mais aussi de la police, des taxes de denrées ainsi que de la petite voirie Elle se prononçait sur le droit de la bannie qui était la publication solennelle ordonnée par le seigneur justicier. Presque tous les seigneurs avaient cette juridiction.

 Haute-Justice.

Cette juridiction connaissait des causes criminelles et pouvait prononcer la peine capitale. Elle détenait l’appel des sentences prononcées aux juridictions inférieures et traitait de toutes les causes civiles et féodales. Seuls certains seigneurs en étaient investis. Ils possédaient alors le gibet et les fourches patibulaires dans chacun de leurs fiefs éventuellement. Les fourches patibulaires étaient composées de plusieurs piliers réunis de distance en distance par des traverses de bois. Le nombre de posts ou poteaux ou piliers indiquait le rang qu’occupait le seigneur :

·        le châtelain : 2 posts

·        le baron : 4 posts

·        le comte : 6 posts

·        le duc : 10 posts

·        le roi : 16 posts.

En fait, les fourches patibulaires n’étaient pas une potence mais une installation placée sur un lieu élevé afin de mettre en vue les suppliciés et intimider les futurs malfaiteurs. Beaucoup de seigneurs installaient les fourches patibulaires à l’emplacement de la motte castrale pour marquer le caractère héréditaire de ce droit. A La Gacilly, les fourches patibulaires furent installées au sommet de la Grée Saint-Jean.

Les seigneurs hauts-justiciers pouvaient avoir un ou plusieurs juges appelés baillis (ou sénéchal ), un procureur fiscal ; ces mêmes seigneurs avaient le droit de tenir les plaids, c’est à dire les assemblées qui jugeaient les procès. Les trois juridictions avaient droit d’auditoire (lieu des audiences ), de prison, de sep (ou cept : fers pour les prisonniers) et de collier : pour obtenir les aveux d’un accusé, son cou était entouré d’un collier armé de pointes qu’il devait porter pendant plusieurs heures.

ORGANISATION FINANCIERE.

Après la création du Parlement, les Etats de Bretagne n’avaient plus conservé dans leurs attributions que le gouvernement des finances de la province ; ils votaient les impôts et en ordonnaient l’emploi. Ils étaient représentés à Vannes par une commission intermédiaire et, dans les villes importantes, par un correspondant. Pour faciliter la perception des impôts, chaque paroisse avait été divisée en un certain nombre de frairies et la réunion de plusieurs paroisses formait une prévôté ou bailliage (presque un canton actuel). Des prévôts ou sergents levaient les impôts et les reversaient à des receveurs royaux ou des trésoriers généraux. Cette perception des impôts était effectuée par les généraux ou fabriques pour les impôts directs et par des commis ou fermiers du roi ou de l’Etat pour les impôts indirects appelés aussi devoirs ou billots.

Les Impôts.

En plus des droits seigneuriaux, petit à petit se créèrent les impôts, d’abord les dîmes, puis les fouages et ensuite la capitation et les impôts indirects.Les impôts étaient nombreux, variés et évoluèrent beaucoup jusqu’à la Révolution, surtout dans la seconde moitié du XVII° siècle.

  Dîmes.

Il s’agit du prélèvement d’une portion des fruits de la terre, pas forcément le dixième d’ailleurs.

Ø      Dîme ecclésiastique :  
c’est la source la plus importante de revenus pour le clergé

Ø      Dîme inféodée :           
c’est en fait un transfert de fiefs aussi bien pour les laïcs que pour les ecclésiastiques.

Ø      Dîme féodale : le vassal paie à son seigneur qui avait afféagé son domaine un sol par journal.

Ø      Dîme champart ou terrage :     
impôt purement foncier stipulé par un propriétaire à l’afféagement de son domaine.  Redevance proportionnelle à la récolte, elle se divisait en :

·        dîme personnelle levée sur les produits de l’industrie humaine. Elle n’était pas prélevée en Bretagne.

·        dîme réelle ou prédiale perçue sur les fruits de la terre :

la grosse perçue sur le froment et le seigle par les gros décimateurs.

la verte perçue sur le chanvre et le lin par les décimateurs.

la menue ou charnage perçue sur les animaux, en Bretagne, sur les agneaux seulement.

·        dîme de la vigne.

·        dîme mixte imposée aux produits de la terre et aux soins de l’homme simultanément, par exemple les animaux, sauf les agneaux en Bretagne.

Les décimateurs pouvaient nommer des personnes pour recueillir les dîmes calculées. Elles étaient appelées dîmeurs ou collecteurs. Ces derniers possédaient une grange dîmeresse ou un grenier à dîme.

La quotité de la dîme était très variable : de la sixième à la trentième gerbe pour la grosse dîme mais souvent fixée par l’usage dans chaque paroisse. La dîme de charnage était en général d’un agneau sur dix ou un denier tournois par tête pour une bergerie de moins de dix bêtes

  Impôts Ecclésiastiques.

En plus de la dîme ecclésiastique, le clergé percevait :

Ø                   Prémice : impôt prélevé au profit des chefs spirituels des paroisses privés des dîmes.

·        Prémice personnelle : quelques gerbes de blé perçues par le recteur sur chaque laboureur.

·        Prémice réelle : portion de grains ou redevance en argent. Elle n’eut pas cours dans le diocèse de Vannes.

Ø                   Neûme : ce droit, appelé aussi droit de mortuage parce qu’il était perçu sur le mobilier laissé au décès des chefs de famille, dans les paroisses où le recteur ne jouissait ni de la dîme ni de la prémice. La quotité prélevée s’élèvait à la neuvième partie du tiers des biens de la communauté du décédé après le paiement des dettes. Cette règle avait été fixée par une ordonnance de 1559 et atteignait les nobles et les roturiers, les nobles en furent exemptés en 1576. Quelques années plus tard, ce droit passa à la 27° partie des meubles. Lorsque la succession était inférieure à 40 livres, la neûme n’était pas perçue.       
Le doyen de la paroisse de Carentoir et donc de La Gacilly avait le droit de neûme. Il le conserva jusqu’à l’arrêt du 9 août 1751 qui lui attribua une dîme à la cinquantième gerbe de tous les fruits décimables, sur toutes les terres nobles et roturières de la paroisse et de ses trèves. Voici le texte de cet arrêt : « La cour ordonne, conformément aux conclusions de l’avocat général du roy, qu’à l’avenir le droit de neume ou mortuage demeurera éteint, supprimé, aboli dans toute l’étendue de la paroisse de Carentoir et trèves d’icelle, laquelle suppression n’aura cependant son effet qu’après que les réparations du chanceau de l’église paroissiale seront achevées, et pour à quoi parvenir ainsi qu’à la fourniture des calices, ornements et livres nécessaires, la dixme sera dès à présent levée à la cinquantième gerbe de tous les fruits décimables, sur toutes les terres tant nobles que roturières de cette paroisse, fors et excepté sur les jardins où il sera permis aux habitants de semer des lins et chanvres sans être sujets à la dixme. » Après avoir dit que le produit de la nouvelle dîme servirait aux réparations et achats dont il est question, et que le doyen continuerait de percevoir le neûme jusqu’à l’achèvement des dites réparations, la cour ajoute : « Lequel droit de neume ou mortuage cessera d’être perçu par lui et par ses successeurs recteurs, à compter du jour qu’il aura commencé à recueillir la dixme et demeurera à l’avenir et à perpétuité ledit droit de neume ou mortuage éteint, supprimé et aboli dans toute la paroisse de Carentoir et trèves d’icelle…et faisant pareillement droit sur les conclusions du dit procureur-général du roy, ordonne que les arrests et réglements de la cour seront bien duement exécutées dans la paroisse de Carentoir et dans toutes les autres paroisses de la province. Ce faisant : fait défense à tous recteurs, vicaires et autres prestres de faire aucune queste, sous quelque prétexte que ce soit…. » Elle avait dit précédemment : « enjoint la ditte cour au procureur fiscal de La Gacilly et aux trésoriers qui seront en charge d’envoyer tous les ans au procureur général du roy, dans le courant du mois de décembre, un état en recette et dépense du produit de la dite dixme, tant qu’elles seront levées au profit de la paroisse, ainsi que l’emploi qui en aura été fait des deniers en provenants pour les réparations du chanceau et fourniture de calices, ornements et livres. Ordonne que le dit Bocéno, doyen de Carentoir, et ses successeurs dans la dite cure auront, pour le service de la paroisse, le nombre de vicaires qui sera réglé par l’ordinaire; et où ils se trouveront à manquer, il sera, par les dits recteurs, payé à la fabrique la somme de 150 livres par chacun des vicaires qu’ils auront eu de moins pendant une année. » En vertu de l’arrêt du 9 août 1751, le doyen pouvait continuer de percevoir le neûme jusqu’après les réparations terminées. Mais le doyen Bocéno préféra transiger avec ses paroissiens pour une pension de 1500 livres. Malheureusement les paroissiens négligèrent de remplir leur promesse, le doyen exigea le neûme jusqu’en 1753. En 1780, la dîme rapportait 3.377 livres. En ajoutant les 50 livres que lui valait le pré de la paroisse, le revenu du doyen était de 3427 livres sur lesquelles il devait 1250 livres de rente pour les cinq curés de la paroisse. La dîme rapportait 374 livres dans la frairie de la Bouère et celle de Saint-Jugon. C’était d’ailleurs les frairies de la paroisse qui rapportaient le plus après Saint-Julien et Bonnais sur Carentoir.

Ø                   Oblations : ce sont en fait des dons volontaires déposés par les fidèles soit sur les autels, soit dans les troncs. Celles, déposées sur le maître-autel de l’église paroissiale, sont d’office attribuées au recteur, les autres étant partagées entre la fabrique et le recteur. Les chapelles domestiques (la Villouët par exemple) en sont exemptes.

Ø                   Levée de Deniers : taxe imposée aux propriétaires de biens pour subvenir à des nécessités pressantes : réédification de l’église, du presbytère ; réparations importantes de la nef. Pour effectuer une telle levée, le général avait besoin de l’autorisation royale sauf si la dépense n’excédait pas 600 livres. Des égailleurs et des collecteurs étaient sollicités. Cette levée frappait les terres nobles et roturières.

 Fouage.

A l’origine, ce fut une imposition directe concernant chaque feu, chaque cheminée, en fait chaque maison ; par la suite, elle se porta sur les héritages roturiers. Louis XIV augmenta terriblement cet impôt. Sous le règne de Louis XV, cet impôt fut encore doubler et atteignit 24 sols par feu. En étaient exemptés, les nobles, les clercs et les « feux misérables », c’est pourquoi les roturiers essayaient de se faire passer pour nobles lors des réformations qui étaient en fait des enquêtes menées auprès des « feuz non-contribuans en fouage ». L’imposition des fouages comportait trois opérations :

v     le mandatement, c’est à dire l’avis adressé par les généraux des finances aux receveurs des fouages du diocèse et ensuite des paroisses par l’intermédiaire des trésoriers de fabrique qui avaient six semaines pour faire la collecte.

v     l’égail ou répartition sur chaque contribuable suivant l’étendue des terres roturières qu’il possédait. C’est le général de la paroisse qui choisissait les égailleurs chargés de la répartition et d’établir le rôle d’imposition. Il y avait deux égailleurs par frairie.

v     la collecte effectuée par les collecteurs , très souvent les trésoriers en exercice du Géneral  choisis à l’issu de la grand-messe, annonçaient alors le lieu de la collecte pour recevoir les contribuables.

Impôts occasionnels.

o       Vingtième : impôt établi sur la rente et représentant le vingtième du revenu. Cette taxe passa à trois vingtièmes sous le règne de Louis XV.

o       Chambellage ou Chambellenage : droit en argent que devaient les vassaux lors de la prestation d’hommage au seigneur. Il était dû par le nouveau vassal au gentilhomme qui l’introduisait auprès du seigneur

o       Casernement :

  Capitation.

Impôt créé en 1695, les guerres longues, incessantes et coûteuses de Louis XIV furent à l’origine de cette nouvelle imposition. Tout le monde était soumis à cette taxe : nobles, robins, roturiers et prêtres. Ce fut un impôt personnel qui touchait tous les citoyens. Un montant à payer est attribué à chaque paroisse à charge pour elle de le répartir entre ses habitants en fonction de leurs revenus.

Impôts Indirects.

appelés aussi Devoirs ou Billots:

Ø      la vente de boissons au détail.

Ø      la vente du tabac, impôt mis en place par Louis XIV en 1641.

Ø      le papier timbré mis en place par Louis XIV en 1673 (1 sol la feuille) obligatoire pour tous les actes et les contrats. Mécontents de ce nouvel impôt, les Bretons se soulevèrent ; le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, impuissant devant cette levée en masse, fit appel à l’armée royale ; il s’en suivit une répression sévère et cruelle avec de nombreuses pendaisons.

Ø      l’enregistrement qui remplacera le timbre un peu plus tard.

Ø      le ban sur les fours, les moulins et les pressoirs.

Ø      les rivières avec le droit de bateau, droit d’écluse et pêche prohibitive à rets et filets ou autres engins. Le baron de Renac avait tous ces roits sur les rivières de Vilaine et d’Aff.

Ø      le droit sur les actes passés devant notaire, mis en place en 1694.

 Monnaies.

La Chambre des Comptes fut créée au XIII° siècle. Elle eut Muzillac pour premier siège, se transporta ensuite à Auray puis à Vannes jusqu’en 1495 avant d’être transférée à Nantes. Les premières monnaies en Bretagne apparurent au VII° siècle. A cette époque, il y avait le sol d’or, le tiers de sol ou trien et le saïga ou denier d’argent. Beaucoup de ces pièces ont été découvertes à Caro qui fut un centre d’émission important. D’autres pièces de cette époque ont été trouvées à Vannes et à Auray.

Ce n’est qu’au XIV° siècle qu’elles deviennent :

Ø      l’écu qui, en 1455, valait 114 sols et 7 deniers.

Ø      le salut qui valait, en 1456, 1 livre, 3 sols et 4 deniers.

Ø      la livre qui se divisait en 20 sols ou sous. (règne de Louis XV).

Ø      le sol qui valait 12 deniers.

Ø      le denier appelé aussi le tournois ou encore le denier-tournois.

Ces monnaies seront utilisées jusqu’à la Révolution.

  Mesures.

Il y avait une très grande diversité de mesures car elles correspondaient en général à la juridiction territoriale des grandes seigneuries. Seuls, en effet, les possesseurs de fiefs importants avaient assez d’autorité pour imposer à leurs vassaux et à ceux de leurs voisins, leurs mesures personnelles qui devenaient officielles. C’est la raison pour laquelle les quantités indiquées ci-dessous, avec chaque mesure, sont à prendre avec beaucoup de circonspection puisqu’elles variaient avec chaque région voire avec chaque pays.

Certaines mesures jouissaient d’une très bonne réputation. Ce fut le cas des mesures de la Haute-Bouëxière (la Bourdonnaye) et de celles de la seigneurie de La Gacilly. C’est de cette époque que date l’expression : « Bonne mesure comme à La Gacilly. »

Les principales mesures de capacité étaient :

§         le demion : la plus petite des mesures d’étain pour servir l’eau-de-vie.

                        (environ la moitié d’une chopine).

§         l’écuellée ou la pinte : un litre environ (0,931 l.)

§         la godelée : 10 écuellées ou 10 litres ou 8kg de châtaignes.

§         le quart : 2 godelées ou 20 litres.

§         le demé : 2 quarts ou 40 litres. Ce fut une mesure locale et sa capacité fut donnée par un certificat du 14 novembre 1769 de M. Orinel, sénéchal du marquisat de la Bourdonnaye.

§         le boisseau ou muid : 2 demés ou 80 litres ou 8,2 décalitres .

§         la percée : 1 muid et demi ou 120 litres.

§         la mine : utilisée pour les grains : 78 litres. Une mine de terre devint l’étendue qui pouvait être ensemencée avec une mine de blé soit 28 ares environ.

§         le setier : 2 mines ou 156 litres.

§         la barrique .

§         la pipe : trois barriques.

Pour les mesures linéaires :

·        le pied pour les cercles en particulier (0,325m).

·        l’empan (environ 22,5cm).

·        la toise : 6 pieds soit 1,949 m.

·        la lieue de poste : 3,898 km.

·        la lieue commune : 4,449 km.

Les mesures agraires étaient :

·        l’hommée, l’équivalent du journal.

·        le journal valant 80 cordes ou 50 ares donc un demi-hectare ; il correspond à peu près à ce qu’un homme pouvait labourer avec sa charrue en une journée[2] .

·        le sillon.

·        l’arpent ou l’arpent carré : 800 toises carrées soit  42,21 ares.

·        la toise carrée : 3,798 m² .

Pour le bois, il y avait :

·        la corde qui valait un peu plus de 3 stères.

·        le stère.

·        l’once.

  ORGANISATION ADMINISTRATIVE.

C’est en 1297 que la Bretagne est érigée par Philippe Le Bel en duché-pairie de France. L’administration de la Bretagne appartient alors à un gouverneur secondé plus tard par des lieutenants généraux. Les villes militarisées, c’est à dire ayant un château fort ou étant entourées d’une enceinte, étaient administrées par un gouverneur de place et une réunion d’habitants appelée communauté de ville.

La province, quant à elle, était divisée en subdélégations avec, dans chaque ville importante, un subdélégué particulier et un subdélégué général à Rennes. L’ancien pays des Vénètes était divisé en 19 subdélégations. Carentoir - et donc La Gacilly - faisait partie de la subdélégation de Malestroit avec Ruffiac, Saint-Nicolas-du-Tertre, Saint-Martin-sur-Oust, le Temple et Tréal alors que Bains-sur-Oust avec Cournon, Glénac, Les Fougerêts, Renac et Sixt-sur-Aff étaient rattachés à la subdélégation de Redon .

VIE ROTURIERE.

  Paysannerie.

Au début de l’an 1000, une révolte paysanne éclate dans le Vannetais à Saint-Gildas-de-Rhuys en particulier ainsi qu’à La Gacilly afin de desserrer l’étreinte des seigneurs. C’est pourquoi, à l’aube du XV° siècle, les esclaves ont pratiquement disparu en Bretagne. Les serfs ou valets ainsi que les colons s’émancipent peu à peu. Ils ne sont plus attachés à la personne de leur maître mais liés à la terre qu’ils cultivent. Ils sont vendus et achetés avec elle. Ils peuvent se marier, hériter ou léguer leurs biens. Par contre ils sont toujours soumis à la corvée. Les petits paysans libres ou alleutiers sont toujours propriétaires de leurs parcelles. Les plus riches (ou les plus chanceux) réussissent à se glisser dans les échelons inférieurs de la chevalerie et devenir noble pour ne pas avoir à payer les fouages. Pour agrandir leur domaine cultivable, ces alleutiers déboisent ; certains grands seigneurs en font autant mais eux le font pour avoir les espaces nécessaires à la construction des grands châteaux de l’époque.

Les villes prennent de l’importance et les rues commencent à avoir des noms. Mais les ruraux forment toujours l’écrasante majorité des habitants : plus de 90% sans doute. Ils vivent de galettes, de bouillies, de fruits sauvages, tout cela accompagné d’une piquette acide. La vigne, en effet, a connu à cette époque une très forte expansion grâce aux Templiers. Cette nouvelle culture amena la création d’une dîme sur la vigne et un droit de bouteillage. Le seigneur de La Gacilly avait sa vigne dans une parcelle de terrain de son domaine qui descendait au ruisseau des Brelles. Elle devait porter le nom de vigne de Montauban. Une deuxième vigne devait sans doute être plantée entre le Tay et la Gazaie : une parcelle de terrain porte, au cadastre, ce nom de Vigne et depuis peu une rue porte le même nom à cet endroit. Est-ce de cette vigne dont on parle dans un aveu de 1450 qui dit que « presque sur le Rahun, tout près de La Gacilly, se trouvaient les vignes Caradeuc. » Une troisième vigne se trouvait sur le penchant ensoleillé de la butte de la Glouzie et une dernière à la Haute Bardaie. (Aveu de 1471).

La Forêt.

Après le départ des Normands, surtout au XI° siècle, l’immigration bretonne est importante et ce sont ces immigrants qui, ayant besoin de terres, s’attaquèrent à la forêt. Au cœur de la Bretagne, le vaste espace forestier occupant la moitié méridionale du Poutrecoët fut largement défriché. L’énorme forêt du Brécilien celtique qui couvrit plus de trente lieues, commence à s’effriter de tous côtés et déjà, il n’y a plus que des reliques sylvestres comme la Forêt-Neuve et la Forêt-Noire près de La Gacilly. C’est surtout le long de la Vilaine que le défrichement fut conséquent. A l’intérieur de cette grande forêt, ce défrichement se fait également sentir et morcelle l’immense étendue verte ; la forêt de la Bourdonnaye et les bois de la Grée de Callac en Augan en sont des restes importants.

Une étude toponymique montre que les limites de la forêt de Paimpont se rapprochent des limites actuelles. Les hameaux en « tre » encerclent la partie orientale de la zone forestière. De même, dans la zone des Landes de Lanvaux, ces toponymes en « tre » marquent la limite de la forêt. Or il faut se rappeler que ces « tre » étaient les parties défrichées d’un « plou ». Autour de La Gacilly, cette limite peut donc être constituée par une ligne partant de Trélo en Carentoir, non loin de la Landriais (de lande) et du Mûr et allant à Tréhandin au Nord-Est de la Danais, la forêt de la Bourdonnaye se trouvant à droite de cette ligne et le bourg de Carentoir à gauche. De Tréhandin, la ligne passe à Tréblanc, en fait suit le Rahun, arrive à Trégaret en suivant l’Aff et s’en va rejoindre Tréal, village de Saint-Just en laissant à sa droite les bois de Cournon, les landes de Quily et de Roche-Blanche. Enfin, le long de l’Oust, une autre ligne partant de Tréhat, à l’Ouest de Glénac et allant à Trélan près du Vaulaurent marque la limite Sud de la Forêt-Neuve et des landes de Couesmé. Entre ces deux lignes est englobée La Gacilly. Il est permis de penser que les zones rurales de La Gacilly- mis à part les deux vallées de l’Aff et du Rahun- résultent d’un déboisement important peut-être bien organisé par les moines de l’abbaye de Redon qui contrôlaient alors les productions et les voies de communication de toute la région, certains petits alleutiers et colons préférant la dépendance monastique à celle des seigneurs.

Si la forêt recule, les étendues de landes et de taillis sont stables et les « tre » forment maintenant presque des bourgs.

  L’Artisanat.

L’artisanat rural se développe lui aussi, surtout la minoterie, la forge et le tissage. Pour ce qui est des meuniers, en plus des moulins à eau sur l’Aff, le Rahun et le ruisseau des Brelles qui alimentaient le moulin Gestin au Lieuvy, la Bouère et les deux moulins du Bout-du-Pont, il y avait aussi les moulins à vent :

Ø      la Croix des Archers appartenant au sieur de la Villouët.

Ø      le moulin Maret (prononcer Marette, c’est d’ailleurs le nom ancien ). Il appartenait au seigneur de la Roche Gestin.

Ø      le moulin du Pavillon.

Ø      le moulin de Graslia, situé entre Graslia et la Forêt-Neuve ; l’abbé Chérel aurait repéré les ruines de ce moulin : « une butte de 1m de hauteur et de 20m de diamètre ».

Ø      le moulin de Bréhaut au-dessus de Brozéas.

Ø      le moulin du Grand-Bois figurant sur la carte de Cassini et dont on ne retrouve aucune trace. Peut-être, y a-t-il eu confusion avec le moulin de Bréhaut ?

Les foires, les marchés, les halles ou « cohues » deviennent très actives. Il y avait un marché toutes les semaines à La Gacilly. A la fin du XIV° siècle, Charles VI, roi de France, remet en exploitation les gisements aurifères du bassin inférieur de la Vilaine : le lit de la Vilaine à Redon, le Haut-Rimon à Renac (de auris mons : montagne de l’or), les sables de Saint-Perreux comme ceux de Pénestin à la plage de la Mine d’Or. L’atelier monétaire de Redon redémarre également à cette époque ; il devait être en pleine activité vers 1420.

La Santé.

La Lèpre.

Elle est considérée comme une importation due aux chrétiens revenant d’Orient après les croisades aux XII° et XIII° siècles. Elle fut d’abord appelée la « ladrerie » ou encore le « mal de Saint Ladre » d’où le nom donné aux lépreux de « ladres » ou « lazares » ou encore méseaux (mésel au singulier). Ils furent appelés aussi les cacous, caqueux, cacosus et même coquins que l’on peut traduire par « petit tonneau » et cela à cause du petit tonnelet qu’ils portaient au cou. Au XII° siècle et pendant les siècles qui suivirent, ce fut surtout le clergé qui s’occupât des lépreux et les tribunaux ecclésiastiques traitaient de leurs causes. Ce sont les prêtres de la paroisse qui décidaient de les séparer des autres paroissiens jusqu’à leur mort. Un logement spécial leur était attribué à l’écart du bourg et des villages ou ils étaient envoyés à la maladrerie (ou maladrie) lorsqu’elle existait. Il semble bien que les maladreries aient pris la place des minihis, sorte de maisons où le droit d’asile était accordé à tout le monde y compris aux criminels et aux proscrits. Dans les monastères, le minihi était appelé le moustoir : c’était un coin réservé aux lépreux de passage. Il y avait un tel coin à l’aumônerie Saint-Jean. Les lépreux disposaient d’un trousseau : deux chemises, une tunique, une robe, un capuchon, une ceinture de cuir, une écuelle, un petit baril, un entonnoir, un couteau, une baguette et une crécelle qu’ils devaient agiter lors de leurs déplacements. Beaucoup d’endroits publics leur étaient interdits : églises, cabarets, moulins, fours, fontaines, ruisseaux. Ils devaient désigner les aliments qu’ils voulaient acheter au moyen de la baguette et le marchand les déposait dans leur tonnelet. Les cérémonies religieuses importantes comme les baptêmes, les mariages ou les obsèques se déroulaient chez eux ou à la maladrerie, jamais à l’église ou dans une chapelle. A leur décès, ils étaient enterrés dans un cimetière spécial ; il y en avait un à Tréal, entre le Vieux-Bourg et les Cours-Chauvel et un autre à Caro. Les maladreries, appelées aussi les ladreries étaient souvent construites à l’écart des bourgs et des villages mais pas trop loin des églises pour qu’elles puissent exercer leur surveillance.. Pour La Gacilly, il se peut donc, qu’entre le château et l’hospice Saint-Jean il y ait eu effectivement une maladrerie comme cela a été avancé et qu’elle ait pu se trouver sur le chemin descendant à la rivière (plus tard la rue de la Louiserie et La Fayette actuelle), le chemin devant alors être très peu habité.

La Peste.

Autre épidémie répandue à cette époque, la peste se caractérisait par des tumeurs auxquelles on donnait le nom de bubons. Des excroissances ou verrues ayant la forme des bubons furent même gravées, au Moyen-Age, sur les croix votives afin de protéger les paroisses des épidémies de peste. En 1453, une peste particulièrement virulente ravage Vannes et de nombreuses paroisse du diocèse dont Péaule, Limerzel, Missiriac et Redon. Des familles perdent six, huit et dix de leurs membres. Des paroisses entières viennent en procession à la cathédrale de Vannes pour prier au pied du tombeau du bienheureux Vincent-Ferrier.

        

 BLASONS GACILIENS.

HISTORIQUE DES ARMOIRIES.

Lorsque les chevaliers nobles se revêtirent, pour les combats, de la cotte de maille au IX° et X° siècles, personne ne les reconnaissait plus. C’est pourquoi ils affichèrent sur ces cottes des emblèmes symboliques afin que leurs habitués puissent les repérer plus facilement. Ces emblèmes colorés furent ensuite représentés sur les boucliers de cuir appelés écus (du latin Scutum ou Scutos : de cuir) ; puis ils les firent figurer sur les bannières et autres gonfanons. Ces emblèmes prirent le nom d’armes d’où armoiries. Enfin, les seigneurs les firent graver sur des cachets ; c’est ainsi que naquit le sceau qui devait devenir une confirmation de la signature (quand il ne la remplaçait pas) et une assurance d’inviolabilité du pli qui en est revêtu.

A partir de ce moment, c’est à dire au début du XII° siècle, les armoiries connurent un réel développement, elles ne furent plus réservées aux seigneurs ; prenait des armoiries qui voulait : les personnes nobles bien sûr mais aussi les roturiers et même des collectivités comme les villes, les provinces, les communautés, les prieurés en particulier, les corporations et même les abbayes. Les armoiries furent alors reportées sur un petit panonceau qui prit le nom de blason, l’ancien nom de l’écu et du bouclier.

En 1696, Louis XIV signe un édit qui crée l’Armorial de France : toute personne ou collectivité possédant des armoiries doit en faire la déclaration aux maîtrises. Ces armoiries, une fois reçues et vérifiées, sont enregistrées et un brevet d’enregistrement est délivré moyennant un droit de 23 livres environ. Défense est alors faite de prendre ou de porter des armoiries sans en avoir obtenu le brevet. Le but de cet armorial fut donc d’authentiquer les armoiries existantes, d’en assurer l’exclusivité au possesseur, de prévenir toute usurpation mais en aucun cas les armoiries ne seront une preuve de noblesse. Elles appartiennent au déclarant mais peuvent être porter « par les veuves tant qu’elles demeurent en viduité ». Elles sont de plus héréditaires aux descendants « que par les mâles », les armes d’alliance ne pouvant être portées qu’en écartelé. Seul le chef d’armes, aîné de la branche aînée, peut porter les armes pleines, les autres membres de la famille étant astreints à les briser.

NOTIONS D’HERALDIQUE.

A partir du XIII° siècle, un officier nommé héraut, d’où héraldique, est chargé, entre autres, de vérifier les titres de noblesse, de dresser les généalogies et de composer les armoiries suivant des règles très précises ; d’où l’art du blason ou art héraldique.

Les notions élémentaires d’héraldique qui vont suivre n’ont aucune prétention, elles sont d’ailleurs très incomplètes mais sans doute suffisantes pour aider à la compréhension des blasons des différentes familles nobles ou moins nobles de La Gacilly et de ses environs.

 Les Parties d’un Blason.

La surface entière du blason, appelée CHAMP, comporte les parties suivantes :

Ø                   Chef:  c’est le tiers supérieur du blason qui peut comporter lui-même trois divisions ou points dont      le canton ou franc-canton qui représente le tiers du chef et le neuvième du blason.

Ø            Pointe : c’est le tiers inférieur du blason qui peut comporter, lui aussi, trois divisions ou      points.

Ø                   Dextre : c’est la partie gauche du blason pour celui qui le regarde.

Ø                   Senestre :c’est la partie droite du blason pour celui qui le regarde.

Ø                   Centre  ou Cœur ou Abîme.

 Les Teintes Utilisées

Ces teintes sont appelées EMAUX et se divisent en :

Ø                   Couleurs

Gueules : rouge, le signe conventionnel pour le représenter en noir et blanc étant des traits verticaux            très rapprochés.

Azur : bleu ou des traits horizontaux très rapprochés.

 Sinople : vert ou traits obliques partant du coin supérieur gauche et allant vers le coin inférieur droit.

Pourpre : violet ou traits en oblique aussi mais à l’inverse du sinople.

Sable : noir ou traits croisés verticaux et horizontaux.

Ø                   Métaux.

Or : jaune ou des points en nombre indéfini.

Argent : blanc ou champ de blason vierge.

Ø                   Fourrures ou Pannes.

Hermine : fond blanc avec un semis de mouchetures (hermines) noires.

Contre-hermine : fond noir avec hermines blanches.

Vair : fond blanc avec des clochettes bleues sur quatre rangs mais décalées les unes par rapport aux autres.

Si le vair est composé d’autres couleurs celles-ci sont alors énumérées. Exemple : vairé d’or et de gueules.

Menu-Vair : c’est un vair avec six rangs de clochettes.

Contre-Vair : comme le vair mais les clochettes se joignent par la base.

Contre-Vair en Pointe : comme le vair mais les clochettes ne sont pas décalées, la pointe de l’une est sous la tête de l’autre.

Ces trois catégories d’émaux ont  aussi des significations symboliques.(voir annexe).

 Les Partitions d’un Blason.

Un blason peut être découpé au moyen de lignes horizontales, verticales, diagonales, courbes ou leurs combinaisons. Chaque division du blason est appelée pièce. C’est ainsi que le chef, tiers supérieur du blason, peut devenir une pièce au moyen d’une ligne horizontale. Autres partitions :

Ø                   le coupé avec une ligne horizontale au milieu du blason.

Ø                   le parti avec une ligne verticale au milieu du blason.

Ø                   le tranché avec une ligne oblique partant du coin supérieur gauche.

Ø                   le taillé avec une ligne oblique partant du coin supérieur droit.

Ø                   l’écartelé avec une ligne verticale et une ligne horizontale partageant le blason en quatre parts pratiquement égales appelées pièces ou quartiers ou franc-quartiers ou écartelures. Cette partition d’un blason signifie l’extinction de telle famille dans telle autre, par mariage par exemple ou conventions ou concessions. Les armoiries primitives sont toujours au premier quartier dextre supérieur et au quatrième quartier senestre inférieur.

Ø                   Le pal : avec deux lignes verticales formant trois bandes appelées pièces représentant chacune le tiers du blason.

Ø                   La fasce : avec deux lignes horizontales donnant trois bandes horizontales.

  Les Décorations.

En héraldique, elles sont appelées meubles ; ce sont tous les objets, parfois stylisés, que Dieu (ou l’homme) a créé ainsi que les êtres imaginaires. En fait, ces meubles sont souvent des animaux, des astres, des arbres, des feuilles ou des monnaies, la plus courante étant le besant, pièce de monnaie frappée à Byzance, ce dernier meuble (décoration) est réservé aux personnes ayant participé aux croisades et toujours d’or ou d’argent.

  Les Termes Héraldiques.

            Voici quelques termes héraldiques pour aider à la compréhension de la lecture d’un blason et surtout de ceux qui ont été décrits dans ce document.

Ø                   Accompagné   qui n’est pas seul dans le champ.

Ø                   Ancré         les quatre bras d’une croix se terminent en forme d’ancre.

Ø                   Armé          pourvu de dents pour les carnassiers.

Ø                   Brochant     pièce qui passe d’une partie de l’écu à une autre.

Ø                   Bretessé     pièce crénelée haut et bas alternativement.

Ø                   Brisure        modification apportée aux armes d’une famille pour en distinguer les branches (ou une bâtardise).

Ø                   Burelé         fond rayé destiné à une surimpression.

Ø                   Carnation    humain.

Ø                   Chargé       une figure est posée sur une pièce.

Ø                   Croisé        découpé par une croix.

Ø                   Engouler     avaler.

Ø                   Engrêlé       bordé de dents dont les intervalles sont arrondis.

Ø                   Gringolé      pour indiquer que les extrémités des bras d’une croix se terminent par des têtes de serpents.

Ø                   Guivre        serpent.

Ø                   Lambel       traverse horizontale en chef munie de trois pendants en forme de trapèze.

Ø                   Lampassé   langue d’un carnassier de couleur différente de celle du corps.

Ø                   Macle         pièce d’armure souvent représentée par un cercle.

Ø                   Palé            découpé en pals.

Ø                   Passant       marchant dans une direction.

Ø                   Pattée         croix dont les bras sont séparés par des redents.

Ø                   Plain           traduire par plein, entièrement, complètement.

Ø                   Semé          répandu sur tout le champ, le quartier, le pal ou la fasce.

Des armes sont dites « parlantes » lorsque les motifs forment un rébus sur le nom de celui qui les porte. Ainsi « d’argent au chêne de sinople, accosté de deux harpes de gueules.» En fait il s’agit des armes des Boisdavid et le rébus se déchiiffre ainsi : Bois est figuré par le chêne tandis que les harpes font penser au roi David jouant de cet instrument devant Saül .

La Devise.

C’est une courte maxime, une sentence concise particulière à une famille, à une nation, à une ville, à un ordre religieux ou de chevalerie, à un personnage isolé…inscrite sur un listel ou un ruban très souvent placé à la pointe du blason. Elle sert à caractériser ou à indiquer les goûts, les qualités, la résolution…etc. de quelqu’un. Elle comporte souvent une allusion au blason ou au nom de son possesseur. Ainsi la famille gacilienne du Houx qui avait dans son blason des feuilles de houx, avait pour devise « fou qui s’y frotte ».

 

 Origine.

Les Montfort/Montauban ayant été seigneurs de La Gacilly pendant quatre siècles jusqu’en 1401, il aurait été permis de penser que les armoiries de La Gacilly comporteraient un souvenir, un symbole de ces deux familles. Au début du XII° siècle, les de Montfort avaient comme armes : « d’argent à la croix guivrée de gueules », en fait les armes des de Gaël. Quant aux Montauban, ils avaient : « de gueules à sept macles d’or au lambel de quatre pendants ». Rien de tout cela ne figurera au blason de La Gacilly. Il faut se rappeler que Gosceline de Montfort épousa Philippe de Montauban (dont le père était Alain de Rohan) qui avait pour armes : « de gueules à sept macles d’or avec une brisure en marque de juveignerie ». Ce sont ces armes qui figureront sur le blason de La Gacilly jusqu’au début du XV° siècle. Ensuite, ce sont les armes des familles de Thouars, Amboise, Lohéac et Rieux qui y figureront sur ce blason. Pour bien comprendre le blason de La Gacilly, il n’est donc pas inutile de commencer par celui de ces quatre familles.

Ø                   Famille de Thouars, le blason se lit :« d’or semé de fleurs de lis d’azur au franc-canton de gueules »   
Traduction : le blason a un fond jaune sur lequel apparaissent 19 fleurs de lis bleues entières ou en partie, le coin supérieur gauche étant rouge.

Ø                   Famille d’Amboise : « palé d’or et de gueules de six pièces au chef d’azur chargé de trois fleurs de lis d’or ».        
Traduction : les deux-tiers inférieurs du blason sont divisés en six bandes verticales alternativement jaune et rouge. Le tiers supérieur du blason a un fond bleu avec trois fleurs de lis jaunes.

Ø                   Famille du Plessis d’Angier de Lohéac :« de vair plain au bâton de gueules en bande sur le tout ».      
Traduction : le fond du blason est blanc avec des clochettes bleues rangées mais coupant le blason en diagonale.

Ø                   Famille de Rieux : « d’azur à dix besants d’or ».         
Traduction : tout le fond du blason est bleu parsemé de dix pièces de monnaie jaunes.

  Lecture du Blason de la Châtellenie Gacilienne.

C’est un blason de type écartelé, c’est à dire qu’il est divisé en quatre quartiers ou francs-quartiers par une ligne horizontale et une ligne verticale. Il se lit :

Ø                   au franc-quartier du chef à dextre : d’or semé de fleurs de lis d’azur au franc-canton de gueules.

Ø                   au franc-quartier du chef à senestre : de vair plain.

Ø                   au franc-quartier en pointe à dextre : palé d’or et de gueules de six pièces.

Ø                                            au franc-quartier en pointe à senestre : d’azur à huit besants d’or.

 

Traduction : deux francs-quartiers se rapportent à Louis d’Amboise, vicomte de Thouars, il s’agit des francs-quartiers 1 et 3 donc l’un au-dessous de l’autre à gauche du blason donc à dextre ; ils se lisent comme les blasons des familles de Thouars et d’Amboise, sauf le chef d’azur pour ce dernier, la traduction étant la même. Les deux autres francs-quartiers se rapportent à Marie de Rieux, son épouse. Le franc-quartier 2 rappelle celui de la famille du Plessis d’Angier en Lohéac et se traduit comme lui – mis à part le bâton de gueules. Pourquoi cette famille figure-t-elle dans le blason de La Gacilly ? Tout simplement parce que Marguerite de Lohéac fut la première femme de Guillaume III de Montauban et donc la grande-mère de Marie de Rieux.

Explications :

Il faut se rappeler qu’un blason du type écartelé représente les armoiries des familles qui se sont éteintes par suite de mariage. Guillaume III de Montauban, seigneur de La Gacilly, et Marguerite de Lohéac (un des francs-quartiers) eurent trois enfants dont Béatrix, cadette de Jean, qui devint dame de La Gacilly ; mais, par son mariage avec Jean III de Rieux-Rochefort, la châtellenie de La Gacilly passa aux mains des de Rieux (un autre des francs-quartiers).

D’autre part, Marie de Rieux, fille de Jean III de Rieux et de Béatrix de Montauban, épousa Louis d’Amboise, vicomte de Thouars ; la châtellenie passa alors aux mains des d’Amboise avec Françoise d’Amboise, leur fille.

Enfin, il faut encore se rappeler que, dans les francs-quartiers 1 et 4, doivent figurer les armoiries des familles primitives. C’est bien le cas avec les armoiries des d’Amboise avec le franc-quartier du chef dextre, le n°1 et avec les armoiries des de Rieux avec le franc-quartier en pointe senestre, le n°4. Par contre, dans le franc-quartier du chef senestre, il aurait été logique de trouver les armoiries des Montauban, Guillaume de Montauban ayant été le grand-père de Marie de Rieux. Pourquoi trouve-t-on les armoiries des Lohéac, c’est à dire celles de sa grande-mère ? Question sans réponse.

Pour clore ces explications et découlant de ce qui vient d’être écrit, deux francs-quartiers se rapportent à Louis d’Amboise et les deux autres à Marie de Rieux ; il est donc permis de penser que ce blason de la châtellenie de La Gacilly fut créé par Louis d’Amboise. Comme il épousa Marie de Rieux en 1426, le blason de La Gacilly doit dater des années qui suivent ; en tout cas, un document de 1454 porte la marque du sceau de la châtellenie.

 

HISTOIRE DE LA GACILLY.

LE CHÂTEAU.

 Guerre de la Ligue.

La première moitié du XV° siècle fut plutôt calme du côté de La Gacilly, la rivalité entre la France et Charles-Quint n’ayant pas eu de répercussions guerrières importantes en Bretagne. A l’inverse, la seconde moitié de ce siècle fut beaucoup plus mouvementée que la première avec les guerres de Religion et surtout la guerre de la Ligue avec Henri III d’un côté et, de l’autre, Henri de Guise et le duc de Mercoeur, gouverneur de la province. Ce dernier était né Philippe-Emmanuel de Lorraine, se trouvait être beau-frère du roi Henri III car époux de Marie de Luxembourg, sœur de la reine de France, comtesse de Penthièvre et descendante de Charles de Blois, l’ancien prétendant au siège ducal. Il aspirait au titre ducal s’attirant ainsi l’amitié des nobles et des roturiers. Ces deux chefs ligueurs s’allient à Philippe II d’Espagne soi-disant contre les protestants mais surtout contre le roi. La Gacilly et ses environs furent mêlés de très près à ces luttes parce que Jean de Couëdor, seigneur de La Gacilly et des Bouëxières, prit le parti du duc de Mercoeur. Il paya d’ailleurs chèrement son adhésion à ce mouvement catholique romain, son château de Couëtion fut saccagé et une partie des archives familiales brûlées en 1595 par les troupes se réclamant du roi Henri IV. Bien qu’habitant Paris, il transforma son château des Basses-Bouëxières en garnison de ligueurs. C’est pourquoi maints faits d’armes se sont déroulés autour de La Gacilly ; ils devaient avoir raison du château.

Après avoir été ruiné par les Anglais en 1350 lors de la guerre de Succession, le château de La Gacilly fut restauré par Olivier V de Montauban vers 1370-1380. En 1465, un minu du 27 janvier s’exprime ainsi : « les habitants de La Gacilly et les tenanciers ne devront le guet que quand le château sera en réparation ». Ceci veut dire que, en 1463, lorsque Françoise d’Amboise devient dame de La Gacilly, sa demeure seigneuriale qu’elle « avait en très grande affection », avait déjà besoin d’une restauration urgente et importante. C’est peut-être la raison pour laquelle, après son départ et celui de son chapelain Jean du Houx, il fut délaissé et inhabité.

Dans un aveu de 1514, il est dit : « le tout du chasteau est affermé 21 sols », ce qui est effectivement très peu pour un bâtiment de cette importance et c’est sans doute la preuve de l’état de vétusté déjà avancée du château. De plus, dans un aveu du 10 juin 1526, il est dit : « le pourpris, emplacement, mote, douves et appartenances du chasteau de La Gacilly lesquels sont de longtemps en ruine ».

Mais, quelques années plus tard, vers 1550, « rien de ce qui entrait dans l’architecture militaire des châteaux de cette époque ne manquait à celui de La Gacilly. Il avait ses cachots souterrains au bas du donjon, ses escaliers en colimaçon, son enceinte à murs crénelés à barbacanes et à mâchicoulis percée par des doubles portes à pont-levis et à herse qui donnent accès à deux cours et à un donjon. Au fond de la cour d’honneur se dresse le logis seigneurial, abritant de vastes salles à doubles cheminées armoriées, avec grand perron et tourelles en vedette, les fenêtres à croix de pierres, les closettes (chambres), les longs corridors aux mille circuits dont l’un aboutissait à la porte secrète du chemin creusé sous terre qui passait sous la rivière et allait, dit-on, déboucher dans les bois de Trégaret.»

Entre la description de 1526 et celle de 1550, de grosses différences apparaissent et il est permis de penser que l’un des seigneurs du moment - René de Rohan probablement- restaura la demeure seigneuriale. D’ailleurs si le château de La Gacilly avait été vraiment en ruines au moment de la guerre de la Ligue comme le disent certains auteurs, les Anglais ne s’y seraient pas autant intéressés. Cet édifice était même habité puisque les attaquants passèrent au fil de l’épée la petite garnison gacilienne. Voici le récit de cette tragédie qui allait décider du sort du château.

Le ligueur Jean de Couëdor devient seigneur de La Gacilly en 1581. Or, dans son château des Basses-Bouëxières, il a installé une garnison de ligueurs sous le commandement du capitaine Blaise. Ses troupes attaquent sans cesse les armées royales aidées en cela par des amis espagnols. En 1593, Mercoeur convoqua les Etats à Vannes, René Rolland et Claude de la Landelle, sieurs de la Graë en Peillac se rendirent sans doute à cette convocation . Les environs de Redon furent particulièrement troublés à cause de la résistance de Talhouët, gouverneur de cette ville qui s’était déclaré pour Mercoeur. C’est la raison pour laquelle le maréchal d’Aumont, commandant des armées royales, est envoyé dans la région. En février 1594 les ligueurs de Mercoeur prennent le château de Comper appartenant à Paul de Coligny, seigneur de Montfort, puis ils descendent sur Redon en passant au manoir de Sourdéac et y commettent de nombreux dégâts. Une troupe d’Anglais, qu’ils traînaient à leur suite comme auxiliaires, s’écarte des bannières du prince et vient rôder sous les murs du château gacilien. Cette proie souriait assez à l’appétit des maraudeurs mais ils tentent vainement de s’y faire recevoir comme amis. Leur éloquence hypocrite ne peut ouvrir la moindre poterne. Ils décident alors d’escalader ou, comme ils disent, écheller ces murs si prudemment inhospitaliers. Ils échouent à nouveau et se vengent sur les maisons de la ville dont les habitants se sont presque tous réfugiés au château. Cependant ils menacent les assiégés d’une seconde visite et, pour en assurer le résultat, ils essaient de se ménager des complices, des « intelligences » dans la place. Ils n’y réussissent que trop. Un soir, leur bande grossie de tout ce qu’avait pu lui fournir celle de la Forêt-Neuve, se cache dans les bois de Trégaret, sur la colline de Languilhard. Vers minuit, une lumière brille dans l’étroite embrasure de la plus haute fenêtre du donjon. A ce signal compris d’eux, les bandits quittent leur embuscade, traversent la rivière et se précipitent vers une porte secrète du château que la trahison leur a ouverte. Ils pénètrent à la sourdine à l’intérieur et passent au fil de l’épée tout ce qui fait quelque résistance. Les malheureux habitants qui, par ordre de leur seigneur et selon la coutume, assurent cette nuit-là le service de guet et de garde au château, sont surpris et massacrés. Quand le pillage le plus avide a dévasté toutes ces belles salles où jadis avait habité la bonne duchesse Françoise d’Amboise, l’incendie, alimenté par des mains haineuses, consume tout ce qui peut l’être. La bande alors s’éloigne, sous les lueurs rougeâtres qui éclairent la vallée, entraînant parmi son butin une femme dont les cris déchirants augmentent la terreur de cette scène de dévastation. C’est celle dont la trahison a causé tous ces malheurs. Elle expie déjà son crime. Le ciel ne lui a pas fait attendre son châtiment ; elle le reçoit de la main de ceux pour qui elle s’est rendue coupable.

Le lendemain, le château est en triste état, entièrement délabré et son propriétaire, toujours Jean de Couëdor, couvert de dettes à cause de l’entretien de sa garnison au château des Basses-Bouëxières, n’envisage pas sa restauration d’autant plus qu’une saisie de ses biens le menace et va intervenir quelques mois après. Le château de La Gacilly, ou ce qu’il en reste, est acheté par François de Talhouët et, ni lui ni les seigneurs qui le suivront, personne n’entreprendra la moindre réparation et, d’année en année, le délabrement se poursuivra. En 1639, dans un aveu du 13 septembre de Gilles de Talhouët, il est déjà question de « emplacement et mazière du vieil château de la dite seigneurie ». Un autre aveu du 18 août 1727, affirme : « la motte de l’ancien château de La Gacilly, depuis longtemps ruiné par caducité.» En voulant reprendre le château de Comper en juillet 1595, le maréchal d’Aumont, chef des royaux, sera blessé grièvement et décèdera à Rennes le 19 août suivant. Quelques jours plus tard, le château de Comper fut quand même repris par ruse par les royaux.

 D’autres misères s’abattirent sur La Gacilly à cette époque. D’abord toute la région fut envahie par les loups qui ravageaient le bétail ce qui n’arrangeait pas les affaires des paysans puisque, en plus, une terrible famine eut lieu en même temps ; des pluies abondantes avaient provoqué la destruction de presque toute la moisson. Le froment et le seigle atteignirent vite des prix inabordables ; les pauvres gens de la campagne affluèrent dans les villes en se nourrissant « d’oseille sauvage bouillie avec des orties ».

  Le Guet.

Dans les aveux ou minus cités ci-dessus et à plusieurs reprises, il a été question du guet. C’est un service qui était dû par les vassaux roturiers. Le château de La Gacilly jouissait de ce droit qui s’est conservé, du moins en principe, jusqu’à la fin du XVIII° siècle. En vertu de ce droit, il appartenait aux habitants de garder le château et de placer un factionnaire à la porte de l’édifice. Mais, contrairement aux autres châteaux, la garde n’était due, à La Gacilly, par les vassaux roturiers gaciliens, que le jour. Les aveux de 1526 et de 1727 sont formels sur ce point ; dans ce dernier, il est dit : « … rentes que doivent Dom Pierre Bruc, Alain Bruc et sa femme, Allain Rivière, Jehan Espaillart, Jehan Dallérac, Allain Séro, Jehan Rivière, Nicolas Chesnais, Guillaume Rebuffé, Pierre Feillastre, Jéhan Guéhenneuc et doivent iceux pour la tenue et domaine de La Gacilly le nombre et somme de 19 livres 19 sols 7 deniers et le devoir de guet de jour à la porte du chasteau, que doibvent les dits manans et habitants de la ville de La Gacilly quand le chasteau sera rediffié. » Il ne le sera jamais. D’après un aveu de 1465, le service de guet de nuit devait se faire par les autres tenanciers de La Gacilly. Malgré que le château fut en ruine et malgré l’ordonnance du duc de Bretagne Pierre II qui avait aboli ce droit de guet, les vassaux gaciliens, ne venant plus tour à tour faire le guet au manoir seigneurial, payèrent en revanche une taxe fixe que l’on nommait le devoir « d’assens de guet ». En 1717, le marquis de la Bourdonnaye, acquéreur de la châtellenie revendiquera des droits qui n’avaient plus aucun sens.  Cette taxe fut versée jusque vers 1850.

 LA « VILLE » DE LA GACILLY.

E. Etrillard écrit que le château disparut pour faire place à un monceau de ruines qui comblèrent les fossés et servirent à l’accroissement de la petite bourgade à laquelle il avait quasi donné naissance et avait valu, dès le XIII° siècle, le titre de ville. Ce qualificatif de ville a fait couler beaucoup d’encre et à susciter beaucoup de jalousies. Pourquoi La Gacilly a-t-elle hérité de ce titre ? Difficile à dire. Certains l’ont comparée « à une humble paysanne qui jouerait à la princesse dans les grands airs qu’elle se donne » d’où ce titre de ville. Un peu plus sérieux, il faut savoir que ce qualificatif fut donné au XVI° siècle aux localités qui n’avaient ni gouverneur, ni communauté de ville mais avaient une certaine importance à cause du nombre de gens nobles ou de robe qu’y retenait le fonctionnement de la justice à tous les degrés.

Autre explication, plus plausible celle-là : le titre de ville aurait été donné aux localités qui possédaient une maladrerie devenue hôpital par la suite et, ensuite, aux chefs-lieux de seigneuries importantes ; ce fut le cas pour Renac, Rieux, Lohéac, Rochefort et bien entendu La Gacilly. Cette explication rejoint d’ailleurs la précédente car très souvent la seigneurie était le siège de la haute, moyenne et basse justice et de l’auditoire.

Dans la liste de 1401 qui donne le nom des vassaux roturiers sur la paroisse de Carentoir, il est question du village de La Gacilly et de la ville de Carentoir. Par contre, dans un jugement du 14 avril 1595 concernant la saisie des biens de Jean de Couëdor, il est question de l’église baptismale de la ville de La Gacilly. Donc, et sans remonter au XIII° siècle comme le fait E.Etrillart, il est certain que La Gacilly avait le titre de ville au XVI° siècle. Etant le siège de la cour de la châtellenie et bientôt du marquisat de la Bourdonnaye, avec auditoire, prison et lieu patibulaire, elle va se trouver peuplée de tous les sénéchaux, procureurs, sergents et notaires de la région, y compris ceux des petites seigneuries, à qui viendront s’ajouter un grand nombre d’écuyers et de demoiselles de la petite noblesse ainsi que de nombreux fonctionnaires royaux pour la perception des nouvelles taxes imposées. Il est même permis de se demander où tous ces beaux gentilshommes et demoiselles pouvaient se loger alors que la ville n’était pas encore très étendue. Beaucoup d’entre eux devaient se contenter d’une simple chambre ou d’une partie de maison vraisemblablement.

VIE GACILIENNE.

VIE SEIGNEURIALE.

 Le Manoir.

Après que le château ait été brûlé par les auxiliaires anglais du général d’Aumont, aucun des seigneurs qui suivirent n’entreprit de réparations ; le délabrement continua et même s’accentua, d’autant plus que, à cette époque, tous les grands seigneurs abandonnent leurs châteaux ; ils se réfugient dans les cours ducales voire la Cour royale pour s’attirer les faveurs du duc ou du roi. Par contre, les seigneurs de petite noblesse qui constituent la cour du seigneur féodal restent sur leurs terres généralement exploitées par des tenanciers. Ils construisent alors des manoirs près d’une ferme qui leur appartient et les habitations communes qui s’y rattachent : écuries, étables, granges, pressoir, celliers et chapelle parfois. Le tout est entouré d’un grand mur de défense ; seules quelques rares lucarnes croiseteés de barres de fer viennent en rompre la monotonie ; l’ensemble apparaît un peu comme une place-forte, seul le portail épais et lourd est la voie d’accès à la cour intérieure.

Le manoir  en lui-même se compose de deux ou trois pièces au rez-de-chaussée. Parfois un étage est réservé à des chambres, très souvent un escalier de pierre extérieur renfermé dans une tourelle accolée au bâtiment permet d’y accéder. La pièce principale est la cuisine avec une immense cheminée. Le seigneur et sa famille y prennent leurs repas en compagnie des domestiques voire des métayers de la ferme. Elle sert également de pièce de travail (couture, broderie, filature) à la dame des lieux et à ses filles. Dans cette pièce également, à l’opposé de la porte et des fenêtres, se trouvent deux ou trois lits pour les « chambrières », les autres domestiques couchant dans les communs et même dans le fournil. Au pied de ces lits, des coffres, assez haut pour servir de sièges, servent de meuble de rangement ainsi que des huches ou des maies pour pétrir la pâte et conserver le pain. Près de la cheminée, un dressoir, espèce de vaisselier, où est placée la vaisselle d’apparat souvent en étain parfois en argent pour les familles les plus aisées. La vaisselle courante est en poterie mais plus souvent en bois. Tout le monde a son couteau dans sa poche, il sert aussi bien au jardin que dans les champs ou pour les travaux ménagers et à table où il remplace la fourchette. Dans la cheminée, pour faire la cuisine, il n’y a que trois ustensiles : une poêle, un chaudron et une broche. Au milieu de la cuisine, se trouve une immense table taillée dans le bois avec les coffres et maies d’un côté et, de l’autre, quelques rares sièges en bois. La deuxième pièce est en fait la chambre du seigneur et de sa famille avec deux ou trois grands lits car, à cette époque et contrairement à nos habitudes actuelles, il est de tradition de coucher à plusieurs dans la même couche, il n’est pas rare de trouver quatre personnes dans le même lit que ce soit des gens de la famille ou des amis de passage d’ailleurs. Quelques coffres complètent le mobilier de cette pièce. La troisième pièce, si elle existe, est la salle de réception, seuls les seigneurs les plus aisés peuvent se permettre d’y recevoir leurs hôtes. Cette salle est meublée d’une grande table parfois escamotable, d’une cheminée portant les armoiries de la famille ainsi que la devise, d’un grand lit de parade avec baldaquin et quelques bahuts de rangement

 La Tenue Vestimentaire.

Les visites ou les séjours du seigneur de La Gacilly donnaient lieu à des manifestations festives. Les manants et les vassaux tenanciers devaient se présenter au châtelain de très bonne heure, les uns à la parution du soleil levant, les autres « dedans le demy-jour ». Les arrivées de Françoise d’Amboise à son château donnaient lieu à chaque fois à des jours de fête. Les dames nobles arrivaient dans leurs haquenées habillées de robes de soie ou de velours brodées d’or ou d’argent et coiffées du hennin ou de l’escoffion orné de fines dentelles. Le seigneur, quant à lui, était vêtu du pourpoint et des bottes de cuir, parfois recouvert d’un manteau de velours.

La Châtellenie.

Un aveu du 13 septembre 1639 fournit les indications suivantes :

« L’emplacement et mazière du vieil chasteau de La Gacilly, près et adjacent la ville du dit lieu, situé en la paroisse de Carentoir, contenant le dit emplacement de chasteau un journal ou environ…Une halle et cohue, située au milieu de la dite ville, où il y a marché tous les sabmedis, et cinq foires par chacun an…Le logis de la prison, trois fours à ban, trois moulins à grain. Les bois de haulte fustais et forest de la dite seigneurye, en la paroisse de Carentoir, contenant par fonds environ huit journaux. Les bois et taillifs de Mabio, contenans environ cinquante journaux ; les landes et communs de Mabio, dépendans de la dite seigneurye de La Gacilly, les landes de Grasléas et lacs de Beautermier où étoit le grand bois de la dite seigneurye de La Gacilly etc.

            Outre tout droit de supériorité et prééminences, ceintures avec armes timbrées et escussons en l’églize de Carentoir, Ruffiac, Cournon et ailleurs, dépendans de la dite seigneurye. Les devoirs et rachaptz, féautx, hommages et droits de chambelenage que doivent les seigneuries des Hautes et Basses Bouëxières, du Boschet, du Bodel, de la Villequéno, de la Ville Orion, de la Rochestin, du Boisbrassu, du Boisby et quelques dépendances de Sourdéac et de Molac. Le droit de patronnage de l’aumosnerye de l’églize de Saint Jean de La Gacilly ; le devoir de disme deub sur le bailliage de la Vieille-Forest et ailleurs ; la maison, pré et jardin de l’hospital du dit lieu de La Gacilly ; mesme le droit de présentation du bénéfice de Ruffiac. Plus le dit seigneur de La Gacilly a droit de faire tenir par ses officiers les généraux plaids de la dite juridiction quatre fois l’année ; tous droitz de jurisdiction haute, basse et moyenne et création d’officiers ; droit de quintaine et behours sur la rivière du dit lieu de La Gacilly, dont les habitants de la dite ville doivent mener et conduire le batteau sur l’eau et fournir de gouaelz, et ceux qui sont mariéz en l’année dans le terrouer de La Gacilly appelé le My-denier, doibvent rompre trois gaules chacun contre un post planté en la dite rivière ; à faute de quoi faire doibvent l’amande de 60 solz et un denier monnoye au jour de Sainte Julitte… ».

Dans cet aveu, il est question du « grand bois de la dite seigneurie de La Gacilly ». Il faut faire remarquer que certaines personnes de La Gacilly appellent encore aujourd’hui Grand-Bois la partie de la Forêt-Noire qui s’étend de la croix de Jacquary à la ferme de la Roquennerie et dont la partie la plus haute est appelée la Grée Tegnoux.

 

VIE POPULAIRE.

 Vie Quotidienne.

A côté des manoirs plus ou moins cossus des seigneurs, les gens du peuple, les roturiers, les paysans vivaient dans de petites maisons la plupart du temps n’ayant qu’une seule pièce ; celle-ci sert de cuisine, de salle à manger et de chambre tout à la fois. La maison est basse avec un grenier à l’étage où, à la campagne, sont entassées la paille et la récolte de froment, de seigle et d’avoine ; une échelle en bois permet d’y accéder. Dans les villages, les maisons sont groupées, alignées, serrées les unes contre les autres avec les ouvertures, une porte et une ou deux fenêtres, toutes du même côté ; ces rangées d’habitations portent le nom de rues, certains villages ont même pris ce nom et l’ont gardé. Toutes ces maisons étaient construites avec le schiste ardoisier du pays qui a très bien résisté au temps et aux intempéries puisque certaines de ces demeures construites au XVI° et au XVII° siècles existent encore dans nos villages. Ces maisons servent souvent actuellement de caves, de celliers, de poulaillers et même d’écuries. La porte d’entrée, dite à husset, de ces habitations est à deux battants dans le sens de la hauteur et la fenêtre est munie d’un ou deux barreaux de fer. Les murs, plus épais à la base qu’au sommet, supportent un toit de chaume ou d’ardoises très épaisses ressemblant à des lauzes. Pour garnir cette unique pièce, éclairée surtout par l’ouverture du battant supérieur de la porte, une grande table dont le plateau est coulissant et recouvre un coffre servant de garde-manger surtout pour le pain. La vaisselle est en bois avec quelques récipients en terre. Dans la cheminée dont le manteau est souvent décoré, une grande bassine est utilisée pour cuisiner ; quelques pots de terre, une poêle à frire, un ou deux seaux en bois et enfin une baratte, elle aussi en bois, composent l’essentiel des ustensiles ménagers. Le fond de la pièce est occupé par deux lits avec une paillasse de son ou de balles d’avoine, une couverture grossière et un édredon de plumes.

Que mangeaient nos ancêtres, il y a quatre ou cinq siècles ? D’abord le pain appelé chanteau, puis la viande de porc, le lard en particulier mais aussi le bétail qui est élevé pour sa viande et pour sa peau ; le pot-au-feu revient souvent sur les tables ; les volailles sont nombreuses car elles font partie des impôts dus au seigneur ; en général, elles sont réservées pour les fêtes de famille ou les assemblées. Pour les jours maigres, très nombreux, près de cinq mois dans l’année, le poisson frais n’étant que très peu commercialisé, il ne reste plus que les laitages, les légumes (choux, navets, fèves, blettes, oignons), les fruits, la châtaigne surtout et le poisson séché, salé ou fumé comme les maquereaux ou les harengs. Enfin le sarrasin est cultivé en très grande quantité et, avec sa farine dite de blé noir, on obtient la galette qui remplace très souvent le pain surtout les jours maigres ; cette farine  sert aussi à confectionner de la bouillie. Il faut dire qu’à cette époque le foin n’est pas connu et c’est l’une des raisons de la maigreur des vaches ; les pommes de terre, les petits pois et les betteraves n’arriveront que plus tard et enfin le poisson des rivières est réservé aux seigneurs

 Les Vêtements.

Les roturiers, habillés avec des culottes bouffantes et des gilets de grosse toile, sont chaussés de sabots en bois et arborent un magnifique chapeau rond en feutre. Les femmes, avec une chemise de toile de lin à larges manches et une jupe de toile de « reparon » ou de serge très longue descendant jusqu’aux pieds, complètent leur habillement avec un châle et une coiffe de toile se serrant à l’arrière sous les cheveux roulés en chignon, encadrant le visage et retombant jusqu’aux épaules ; chaque paroisse ou trève avait sa coiffe propre.

  DISPARITION DES RUINES DU CHÂTEAU. 

1717.

Le domaine seigneurial de La Gacilly avait commencé à être démembré depuis longtemps puisque le 20 novembre 1717, année du marquisat de la Bourdonnaye, Ambroise Le Roy donne à l’église Saint-Nicolas de La Gacilly, une rente de quatre livres sur sa terre du domaine du Château. Curieusement cette terre est vendue cinq jours plus tard au profit de l’église Saint-Nicolas. Donc déjà, en 1717, des parcelles du Domaine appartenaient à des particuliers. Et pourtant, à cette époque, le marquis de la Bourdonnaye avait envisagé la reconstruction du château

1727.

Un aveu du 18 août 1727 affirme que « l’ancien château de La Gacilly, depuis longtemps miné par caducité, possède toujours son droit de guet par les manants et habitants de la ville de La Gacilly, quand le château sera réédifié ».

1811.

Les pierres de démolition des ruines du château, vendues ou mises gratuitement depuis longtemps à la disposition des habitants de La Gacilly, ont été employées successivement à bâtir la plupart des maisons tant de la ville que de la Bouère. La dernière construction qui ait été faite avec des pierres extraites des ruines, en 1811, fut une écurie située Passage Lasalle et bâtie par M. Seguin. Depuis ce temps, toutes les personnes qui, dans le même but, ont voulu fouiller la butte, n’ont trouvé que des pierres de rebut, de sorte que tous les matériaux employés à la construction du château et de ses clôtures ont été enlevés jusque dans leurs fondements. Les fossés se sont comblés lors de la démolition des murs par l’écroulement successif de la butte et des terrasses. Les parties Est et Sud-Est de celles-ci furent les premières abattues pour l’élargissement et l’aplanissement du terrain contigu. Leur partie Nord ne fut détruite qu’en 1836.

1832.

Madame Veuve Le Roy, née Jeanne Turquety, donne à la commune, un terrain dit « la Butte du Vieux Château ».

1836.

Les terres provenant de l’écroulement de la butte et des terrasses furent récupérées par L. Poligné qui les voitura et s’en servit pour aplanir ses pièces du domaine du Grand Château.

1837.

Les deux sœurs Grinsart Lasalle, Marie-Elisabeth et Jeanne-Louise, ursulines à Redon, font don à la ville de La Gacilly de deux terrains : le Petit Château et le Clos du Vieux Château. Tout ceci tend à prouver que tout le domaine seigneurial a bien été vendu mis à part les restes des murailles.

1840.

Les vestiges des murs d’enceinte sont pourtant encore assez nombreux mais ils sont rasés et jetés dans les fossés. L’année suivante, lors de la décision de construction d’une nouvelle église et du champ de foire : « le chemin du château n’est qu’un petit chemin de servitude partant de l’angle Nord-Est du carrefour Olivier. Il est alors la seule voie de communication avec les ruines du vieux castel dont les anciens abords livrés à l’agriculture, ont été détruits et envahis par les clôtures des jardins du voisinage. La butte et les douves seules attestent l’antique puissance de la forteresse. La butte du vieux château, vaste butte de terre nue et dépouillée de toute espèce de pierres, quelques portions de terrasses du côté du couchant, des fossés presque entièrement comblés et quelques pans de murs de jardins qui existent encore au pied de la colline du côté du levant, composent tout ce qui reste aujourd’hui de cet édifice qui fut autrefois de quelque importance. » D’après Emmanuel Etrillard, des vestiges nombreux de l’enceinte extérieure et des douves qui défendaient les approches du château existent encore : douves à demi comblées et larges talus de la vieille enceinte.

D’après Cayot-Délandre, « les pierres écroulées servirent à la construction de plus d’une maison roturière dans la ville. La butte et les douves restèrent seules pour attester l’antique puissance de la forteresse. On vit pendant de longues années à la surface du sol où s’élevait le donjon, des tuyaux de cheminée descendant verticalement dans la terre, peut-être n’était-ce que la continuation d’un de ces canaux terribles nommés oubliettes ».

1841.

Objets Trouvés dans les Ruines du Château

« Deux tranchées furent pratiquées dans la terrasse du côté Ouest pour les travaux préparatoires de construction de la nouvelle église. Le reste doit être enlevé pour le nivellement du champ de foire » d’après Ducrest de Villeneuve.

« Les derniers vestiges des murs d’enceinte ont été détruits et jetés dans les fossés lorsque l’on a construit, dans un champ voisin, la nouvelle église. Quant au château fort, toute la partie qui dominait la butte, a disparu, précipitée dans les douves ou enlevée pierre à pierre à mesme des besoins des habitants de la petite cité. Du château, il ne reste donc plus guère que les fondations. » (E. Etrillard)

1843.

Il ne reste plus qu’une élévation de terre, dite la Butte du Château ; cette butte est entourée de fossés à demi comblés et de quelques vieux pans de murs

Démolition des ruines du château

1847.

 « Du château, il n’existe plus aujourd’hui que la motte ou l’emplacement ; c’est une butte dont le sommet est tout dévasté par les nombreuses fouilles qu’on y a faites pour en extraire les pierres de fondation du château mais qui, néanmoins, conserve encore sa forme conique et l’aspect de sa destination primitive. Ce tertre élevé est entouré de douves à peu près comblées mais encore apparentes. A quelques pas, au Sud-Ouest, s’élève une autre motte appelée la Petite Butte et qui présente à peu près la forme d’une demi-lune. Il ne subsiste plus sur ces terrains aucune trace de maçonnerie ; en sorte qu’il est impossible de juger de la disposition des murs et de l’importance de cette forteresse. » (Cayot-Délandre)

1863.

Alexandre Bourré, docteur en médecine à La Gacilly, a un frère Louis, entrepreneur à Tréal ; il épouse Rose Poligné, sœur de François Poligné, le maire de Tréal. C’est ce Louis Bourré qui construira une vingtaine d’années plus tard les écoles publiques de garçons de Tréal, de Guer et de La Gacilly.